—Viens donc! Je l'ai vue, ta fiancée! Un ange! Vous vous marierez dans un mois, malgré le serment à ton père, malgré le serment à Dieu, malgré tout, Emile! Pardonne-moi!
Alors Yan, qui défaillait, sentit brusquement les bras de son filleul s'attacher à son cou, dans un long transport de reconnaissance.
—Eh! qu'elle brûle si elle veut, la vieille baraque! dit le vieillard, sous l'étreinte de son filleul. Qu'elle brûle! puisque je vais te faire bâtir un château!
Mais quand il sut Emile hors de danger, quand il fut bien convaincu que personne n'avait pris mal dans la maison, Yan, qui était né au Bignaou, qui y avait aimé, souffert, vieilli, se permit de pleurer quelques larmes en voyant s'abattre les chers murs, les
bons murs de la douce maison dont les pierres tombaient à ses pieds, avec des bruits vagues, plaintifs comme des adieux d'amis.
X
L'incendie épargna les granges. La maison d'habitation elle-même ne fut pas sérieusement endommagée. Mais Yan qui, depuis son entrevue avec Mlle Florence, croyait avoir une âme neuve dans son corps, désira qu'il ne survécût presque rien de son ancienne demeure. Quand les murs du Bignaou furent refroidis, le parrain d'Emile embaucha des maçons pour édifier une maison nouvelle. Un architecte fut mandé, un architecte de Paris. Il proposa des plans très coûteux et très incompréhensibles, que Yan accepta sans hésiter. Il fallait aller vite.
La noce devait avoir lieu, non dans un mois,—il était impossible d'arriver si tôt,—mais dans six mois au plus tard. Emile menaçait de s'engager,
s'il n'épousait pas Florence Brion avant le premier de l'an. Et Yan comprit son impatience, certes. Lui-même, du reste, exigea que les choses marchassent rondement.