Ces gros ventres se lèvent pour la saluer; elle se retire et fait apporter des rafraîchissements; elle fait demander si ces messieurs lui feraient l'honneur d'accepter son dîner: ils répondirent qu'ils acceptaient avec plaisir. Le dîner fut magnifique.—M. Potier me fit appeler: «Dites à tous les palefreniers de tenir les chevaux prêts; je vais mener ces messieurs visiter les chevaux.»

Je donne les ordres et tout fut prêt. Ces messieurs voulurent voir l'établissement, dont ils furent enchantés, et passèrent aux écuries pour visiter les chevaux et les faire sortir. «Les voilà tous par ordre, leur dit M. Potier. Faites-les sortir.»

On demande le numéro 1 avec bridon et couverture. On me présente le cheval, je le fais trotter. Monsieur me dit: «Montez-le!» Je le fais marcher au pas en tenant mon bridon, et là la main bien placée, je saute; ils n'eurent pas le temps de me voir monter. Je le fais trotter et le présente devant ces messieurs qui le flattent en disant: «C'est bien!»

«Numéro 2», dit mon maître. On me présente le cheval: «Montez-le, disent ces messieurs. Au pas!… au trot!… Ça suffit. À un autre!»

Et ainsi de suite, jusqu'à douze. On me demande alors: «Sont-ils tous dressés comme ces douze-là?—Je vous l'assure.—Ça suffit. Ce petit jeune homme monte bien un cheval.—Il est bien hardi, dit mon maître.—Demain nous les mettrons au char à bancs. Vous avez des harnais pour cela?—Tout est prêt.—En voilà assez pour aujourd'hui; nous voudrions voir la ville.—Voulez vous que l'on mette les chevaux à votre voiture?—Ça serait mieux. Nous vous demanderons la permission de vous amener deux convives.—Tout ce qui peut vous être agréable. Jean, fais mettre les chevaux à la calèche!»

Et les voilà partis. Mon maître était content. «Jean, me dit-il, nous ferons une bonne journée, ça va bien; vous vous en êtes bien tiré. C'est vous qui servirez à table, faites un peu de toilette. Voyez ma femme, il faut aller à la ville faire apporter ce que j'ai commandé et vous faire donner un coup de peigne, et vous mettre en dimanche.»

Me voilà de retour, bien poudré. Madame me met au courant de mes fonctions, et, la table servie, elle va faire une toilette magnifique. Comme elle était belle!

Ces messieurs arrivent à six heures; ils étaient six. Monsieur va les recevoir, le chapeau à la main. «Eh bien! monsieur, nous sommes de parole, nous vous amenons deux convives.—Soyez les bienvenus.»

Monsieur reconnaît le sous-préfet et le procureur de la République; on se met à table; madame fit les honneurs; rien n'y manquait, ni moi, la serviette sur le bras, ni les laquais des messieurs qui étaient derrière leurs maîtres. Tous mangeaient sans parler au premier service; l'un des laquais était découpeur et présentait les morceaux tout coupés que nous présentions à ces messieurs, qui en refusaient souvent. Au second service, paraît un brochet monstre et des écrevisses superbes. «Ah! madame, dit un convive, voilà une pièce rare.—C'est vrai», disent-ils tous. Mais le sous-préfet ajoute: «M. Potier a un réservoir superbe, il prend des anguilles magnifiques.»

Enfin les louanges pleuvent de toutes parts; le champagne arrive, voilà tout le monde en gaieté! Monsieur leur dit: «J'ai passé par Épernay, et j'en ai fait une petite provision.—Il est parfait», dit le sous-préfet.