«Je vous ai laissée jusqu'ici dans l'incertitude du jour où le 1er conseil statuerait sur le sort de M. Sirejean; maintenant je crois pouvoir vous assurer que le conseil sera convoqué le 15 de ce mois. Hier, M. le rapporteur est parti pour Saumur où il doit faire une nouvelle information. Les élèves de l'école licenciée qui doivent être entendus comme témoins, ont reçu l'ordre de séjourner à Tours indéfiniment. S'il était possible de faire savoir aux juges qui composent le conseil que le gouvernement ne tient pas à avoir une condamnation capitale, cela nous aiderait beaucoup, mais il faudrait que cet avis fût donné d'une manière semi-officielle. Il me semble que maintenant vous pourriez borner vos sollicitations à engager messieurs les ministres dans une démarche de ce genre.

«M. Julien et moi, nous sommes toujours convaincus qu'il serait bon que les accusés fussent entourés de quelques personnes de leurs familles. Nous n'assurons pas que cette démarche aura quelque résultat, mais il suffit que nous pensions qu'elle pourrait en avoir, pour que nous ayons dû en faire part aux familles de nos malheureux clients.

«M. Coudert s'est déterminé à se rendre ici pour assister au jugement. Je ne puis que vous réitérer les observations que je vous ai adressées: vous verrez si la présence de M. Coudert au jugement n'est pas un motif de plus pour vaincre les répugnances bien fondées que vous éprouvez à l'imiter.

«Recevez, Madame, etc.

«FAUCHEUX,

«Avocat.»

Le malheureux enfant qu'un entraînement irréfléchi avait fait entrer dans le complot, Sirejean, à son tour, écrivait à Mme Récamier le 8 avril:

«Madame,

«Comment trouver des termes assez significatifs pour vous exprimer le vif sentiment de reconnaissance que je ressens pour l'intérêt que vous avez bien voulu prendre à un malheureux qui n'est pour vous qu'un étranger, et qui s'est rendu coupable d'un crime que la confiance du vil Delon m'avait fait considérer comme un devoir. Mon âge, mon inexpérience ont été cause que je n'ai pas aperçu le piége qui m'était tendu, et je suis tombé dans un abîme d'où je ne pourrai jamais me retirer.

«Ce qui me console et m'aide à soutenir mes remords, c'est de savoir qu'il y a encore des âmes comme la vôtre, Madame, qui connaît ma faute involontaire et qui ne doute pas de mon repentir.