«SIREJEAN.
«Prison de Tours, ce 8 avril.»
«P. S. Le conseil s'assemblera lundi prochain.»
Je n'ai pas besoin de dire avec quel zèle, quel actif dévouement Mme Récamier s'employa à sauver cette tête de vingt et un ans, et en même temps à soutenir le courage d'une famille anéantie sous le coup qui la frappait. Sirejean avait deux soeurs à peine sorties de l'enfance; son père et sa mère étaient vivants, et leur désespoir était tel qu'il leur avait enlevé même la faculté de faire les démarches nécessaires au salut de leur fils. Mais on avait déjà épuisé en faveur de Coudert tous les moyens d'influence dont on disposait, et peut-être était-il impossible de réussir pour les deux condamnés. Le conseil de révision, réuni le 18 avril, confirma l'arrêt de mort de Sirejean.
Le pauvre jeune homme écrivit encore, après sa seconde condamnation, une lettre à sa protectrice. Malgré la fermeté dont il fit preuve, l'écriture de cette lettre est visiblement altérée. Il annonce qu'il vient de signer un pourvoi en cassation fondé sur l'adhérence qu'il y avait entre son affaire et celle de l'apparition de Berton et Delon qui devait se juger à Poitiers; il implore un sursis afin qu'on ait le temps de former un recours en grâce; il termine en disant: «Le frère de Coudert va se rendre à Paris, il sera porteur de la demande en grâce qu'il remettra à ma tante. Veuillez, je vous prie, faire ce qui dépendra de vous pour qu'elle ne soit pas infructueuse. Je vous supplie encore d'avoir la tâche pénible d'apprendre à ma malheureuse tante mon arrêt fatal.
«Je suis soutenu par mon courage, par un espoir (pas très-grand à la vérité), et par les démarches et les sollicitations que vous voulez bien faire pour un malheureux qui vous devra une éternelle reconnaissance.
«Agréez l'assurance de mon respectueux hommage.
«SIREJEAN.
«Ce 20, à 10 heures du soir.»
Le sursis promis à Mme Chenet avant son départ de Paris, dans les bureaux de la guerre, ne fut pas expédié, et le 2 mai 1822, à quatre heures et demie du matin, Sirejean terminait courageusement et religieusement sa courte vie.