«Croyez, croyez bien que toute ma vie est à vous.

«C'est M. de Mesnard, un de mes attachés, que j'envoie en courrier extraordinaire à Paris. C'est un excellent jeune homme dont je suis fort content, et qui me reviendra le plus vite possible. Il m'apportera vos lettres.

«C'est mardi prochain 9, mon grand ricevimento. Je vais faire faire le tombeau de Poussin; le bas-relief du tombeau représentera une des compositions de ce grand peintre. C'est mon idée; l'approuvez-vous? J'ai fait mettre en liberté quelques Français; j'aide les autres de ma bourse. Enfin je fais du mieux que je puis. Je souffre toujours de la tête et de mon rhumatisme.

«Mille tendres hommages. Que je suis heureux de vous aimer!»

LE MÊME.

«Rome, ce jeudi 4 décembre 1828.

«Le courrier ordinaire d'avant-hier et mon courrier extraordinaire, M. de Mesnard, qui ira vous voir, vous portent des lettres de moi en réponse aux vôtres apportées par M. de Ganay.

«J'ai épuisé le sujet de Moïse; je n'ai plus rien à vous en dire, que de presser la représentation. Pour les choeurs, vous connaissez mes idées; je voudrais une innovation heureuse: je désirerais que beaucoup de strophes fussent simplement déclamées; il n'y aurait presque de chants que dans les refrains, et seulement, dans les intervalles des strophes, quelques traits pour annoncer les motifs légers ou pathétiques ou graves. Des harpes, des tambourins et des trompettes doivent être presque les seuls instruments. La double musique du troisième acte, l'une lointaine et gaie, l'autre rapprochée et triste, se répondant par échos, doit produire, ce me semble, un grand effet. Le choeur groupé sur la montagne au quatrième acte présentera, je crois, un beau spectacle.

«Je vous ai dit que je vous enverrais Hyacinthe dans les premiers jours de février; il restera auprès de vous jusqu'à l'époque fatale; vous l'emploierez dans des courses, et vous me renverrez en courrier, pour m'apprendre la mort ou la résurrection du prophète.

«Voici un plan que je vous soumets encore. J'ignore ma destinée et mon avenir. Si rien ne m'arrive cet hiver, l'Infirmerie exigera absolument que je fasse un voyage en France au printemps. Je demanderais donc un congé; j'arriverais vers la fin d'avril à Paris; j'y passerais trois mois avec vous; j'irais prendre les eaux ensuite, dont j'ai un extrême besoin. Nous nous donnerions rendez-vous au commencement de septembre sur la frontière d'Italie, et nous reviendrions ensemble à Rome. Que dites-vous de ce projet? vous voyez que je n'ai d'autre idée que vous.