«Vos journaux continuent de rabâcher de moi. Je ne sais quelle mouche les pique; je devais me croire oublié autant que je le désire.
«J'écris par ce courrier à Thierry. Il est à Hyères, bien malade.
Pas un mot de réponse de M. de La Bouillerie.
«Le courrier d'aujourd'hui manque; cela va maintenant arriver souvent, parce que les rivières et les torrents vont déborder. Souvenez-vous de cela, pour ne pas vous creuser l'imagination, si mes lettres retardent. Seulement, vous serez quinze jours sans en recevoir, puis il vous en arrivera cinq et six à la fois. À samedi.»
LE MÊME.
«Rome, samedi 10 janvier 1829.
«Le pauvre Guérin fait ses paquets; cela me fait beaucoup de peine. Je m'y étais fort attaché. Il m'avait reçu à mon arrivée, et nous avions regardé tristement Rome ensemble du haut de la villa Médicis. Il restera encore quelque temps après l'arrivée d'Horace. Je voulais lui donner une retraite à l'ambassade, il ne l'a pas voulu. Au lieu de cela, je lui donnerai un grand dîner avec Horace et tous les élèves; après quoi, plus heureux que moi, il ira vous voir et vous conter ma vie.
«Le plan du tombeau du Poussin est tout à fait arrêté; il est très-bien. Il ne s'agit plus que de faire déloger un confessionnal, dont il nous faut la place, à San Lorenzo in Lucina, et c'est une grande affaire.
«J'ai été avant-hier passer une heure tête à tête avec Mme Salvage, pour parler de vous. Je lui ai dit que vous viendriez nous rejoindre au printemps, ou que j'irais vous chercher, ce que je dis au reste à tout le monde. À mesure que l'on approche du carnaval, la foule augmente dans les salons; ce ne sont plus que de grandes réunions publiques, où l'on ne trouve pas même à placer un mot. Dans les premières semaines de carême, j'irai montrer Naples à Mme de Chateaubriand, je reviendrai pour la semaine sainte, et à Pâques, je partirai avec le congé que j'espère obtenir.
«Je répète tous ces calculs que je vous ai faits cent fois, parce qu'ils trompent un peu la peine où je suis de votre absence; il me semble qu'en comptant les jours, je les fais disparaître, comme lorsqu'on compte de l'or pour payer une dette: on n'a plus le moment d'après la somme que l'on a prise dans son magot. Hélas! mon pauvre magot est bien diminué et j'en aperçois le dernier écu. Aurai-je une lettre de vous ce matin?»