«La poste va m'apporter ce matin la solution du problème. Est-ce la continuation de l'intérim (ce que je crois)? Est-ce la nomination de Rayneval ou d'un autre ministre de cette sorte? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'y a rien d'important, parce que, dans ce dernier cas, j'aurais déjà reçu la nouvelle par courrier extraordinaire.

«Je suis allé encore hier causer de vous avec Mme Salvage. Nous avons dit que vos dernières lettres étaient tristes. J'en ai trouvé la raison dans le désappointement de Moïse, le calme plat qui a suivi les projets de ministère et le voyage projeté de votre nièce[70]. J'espère toujours que ce voyage n'aura pas lieu, encore moins le vôtre; il serait insensé. Faire des fouilles, où? puisque Athènes est entre les mains des Turcs, et que, dans tout le Péloponèse, il n'y a qu'Olympie qui offre quelques chances; encore les monuments d'Olympie étaient presque tous de bronze, et l'on sait que les Goths les firent fondre, dans leur seconde invasion de la Grèce. J'ai reçu une longue lettre du général Guilleminot; il me fait un récit lamentable de ce qu'il a souffert dans ses courses sur les côtes de la Grèce: or, pourtant, Guilleminot était ambassadeur, il avait de grands vaisseaux et une armée à ses ordres. Aller, après le départ de nos soldats, dans un pays où il ne reste pas une maison et un champ de blé, parmi quelques hommes épars, forcés à devenir brigands par la misère, ce n'est pas, pour une femme, un projet possible, après trois ans de mariage.

«Je vais aller ce matin à ma fouille: hier nous avons trouvé le squelette d'un soldat goth et le bras d'une statue de femme. C'était rencontrer le destructeur avec la ruine qu'il avait faite; nous avons une grande espérance de retrouver ce matin la statue. Rome est toute réveillée par ma fouille, et en général on me souhaite bonheur. Si les ruines d'architecture que je découvre en valent la peine, je ne les renverserai pas, pour en vendre les briques, comme on fait ordinairement; je les laisserai debout, et elles porteront mon nom. Elles sont du temps de Domitien, nous avons une inscription qui nous l'indique: c'est le beau temps des arts romains.

«Je reviens de la fouille. Je trouve, à mon retour, votre petite lettre du 23. Vous voyez où j'étais, tandis qu'on me supposait aux portes de Paris. Je n'ai reçu de courrier de personne. Je suis le plus tranquille homme du monde. Voilà l'intérim continué entre les mains de M. Portalis, comme vous voyez que je l'avais prévu. Tant mieux; cela me laisse le temps de me préparer aux événements, et de bien juger de ce que j'aurai à faire au moment de la catastrophe. Mais guérissez-vous surtout: voilà ce qu'il faut pour que je sois un peu heureux. À vous.»

LE MÊME.

«Rome, lundi soir 9 février 1829.

«Le pape est très-malade. J'expédie un courrier extraordinaire jusqu'à Lyon, pour transmettre une dépêche télégraphique au gouvernement. Ces deux lignes seront jetées à la poste à Lyon.

«J'ai reçu ce matin votre lettre du 27, où vous me dites que vous avez Moïse.

«10 février, 9 heures du matin.

«Le pape vient d'expirer. N'est-il pas singulier que Pie VII soit mort tandis que j'étais ministre des affaires étrangères, et que Léon XII meure lorsque je suis ambassadeur à Rome? Voilà ma position politique encore changée pour le moment, et mon rôle ici va prendre de l'importance. C'est une perte immense que celle de ce souverain pontife pour les hommes modérés.