«La villa m'a fait plus de plaisir que tout le reste de Rome; ces vieux arbres, ces monuments délabrés, le souvenir de mes promenades solitaires dans ce lieu, m'ont ému; et quand j'ai pensé que je pourrais dans quelques mois me promener là avec vous, j'ai été presque réconcilié avec mon sort. Mais il est clair pourtant que je ne prends plus à rien, que tout m'ennuie loin de vous et de ma retraite de la rue d'Enfer; c'est la qu'il faut que je rentre le plus tôt possible. Mme de Chateaubriand est comme moi; elle n'aspire qu'à se retrouver au milieu de ses malades et de ses vieux amis.

«Au reste, je n'ai à me plaindre de personne. On ne peut avoir été mieux accueilli, et j'ai trouvé partout une modération de sentiments politiques que nos dévots devraient bien prendre pour exemple. Quant à la société proprement dite, je n'en sais rien encore. Tout le monde est absent; mais on va rentrer à Rome pour la Toussaint. Les Anglais commencent à arriver. Je reçois demain en cérémonie tous les Français. Nous dînons lundi chez Mme de Celles avec Mme de Valence.

«Midi.

«Enfin je reçois une lettre de vous du 3. Jugez du bonheur qu'elle me donne! Je ne puis ajouter qu'un mot à la lettre. Des deux Français prétendus arrêtés, l'un l'a été en effet et a été remis presque aussitôt en liberté, l'autre n'a jamais subi la moindre détention. Tout cela s'est passé avant mon arrivée. Vous me parlez de l'Irlande? Je ne puis vous en parler, mais je puis vous assurer qu'on n'approuve ici rien de violent. J'attends les voyageurs que vous m'annoncez; le mariage serait une chose singulière! Mais c'est vous qui êtes pour moi le seul voyageur auquel je m'intéresse. D'ici au 1er janvier, nous saurons positivement si c'est moi ou vous qui devons nous mettre en chemin. Vous demandez mes impressions; maintenant vous avez reçu de moi une foule de lettres qui vous disent toutes la même chose: Je suis bien triste. Venez.

«Je viens de lire le Globe du 4, qui est tout à fait trompé sur l'affaire des deux jeunes gens. Celui qui a été arrêté n'appartenait point du tout à l'Académie de France. Le Globe devrait éviter des dénonciations qui ne sont pas dignes de son impartialité; les détails qu'il donne sont de toute fausseté.

«Je vous ai écrit au sujet de Moïse que M. Taylor me demande. Je l'ai renvoyé à vous, et vous ordonnerez comme il vous plaira. Je paierai, s'il le faut et je préviendrai Ladvocat.»

LE MÊME.

«Rome, ce 21 octobre 1828.

«Quoique je ne m'attendisse pas à recevoir une lettre de vous hier, puisque j'en avais eu une par le précédent courrier, et que vous ne prodiguez pas vos lettres, cela m'a fait une grande peine quand je n'ai rien vu de vous.

«Toujours même disposition de ma part: de l'ennui de la solitude, je suis tombé dans celui des dîners et des visites. Définitivement, il est clair que je ne puis plus supporter la vie du monde: elle m'était en tout temps odieuse, mais mes cinq années de retraite ont achevé de me rendre incapable des devoirs de la société. Je me demande sans cesse à quoi bon cette perte de temps, cette nécessité de voir des gens avec lesquels on n'a aucun rapport, cette nécessité de livrer les dernières années de ma vie aux bêtes et aux caquetages de la médiocrité; et tout cela pourquoi? Pour un but que je ne veux point atteindre, puisque je n'ai aucune ambition et que je n'aspire qu'à me retirer.