Capitaine eut une fin tragique. Ce régime de bouillabaise convenant mal à sa nature, il languit, ne bougea presque plus et perdit ses brillantes couleurs. On s’attendait à le voir trépasser, quand on s’avisa que le froid n’était peut-être pas étranger à son état. Il fallut des ruses de Peau-Rouge, pour l’introduire en classe, et une fois là, l’installer sur le poêle, tout en le dissimulant aux yeux de la maîtresse. On y parvint cependant ; et, durant toute une soirée, on put croire à la réussite. Capitaine se remit à tourner autour de sa prison de verre ; il sembla plus alerte, plus désireux de vivre.

Hélas ! ce mieux n’était qu’apparent, et le lendemain, quand on vint pour faire le ménage, Capitaine, immobile, flottait à la surface de l’eau.

— Y a bien à craindre qu’il ne se soit trouvé un peu cuit, prononça la bonne sœur en guise d’oraison funèbre ; ces béteils-là, ça craint plus le chaud que le froid.

Capitaine fut enterré dans un linceul de feuillage, bien que sa nature même et la proximité de l’Océan semblassent le destiner plus particulièrement à l’immersion. Mais, à dix ou douze ans, on ne se pique point de logique.


Le parloir des frères…, les jacquots…, les bêtes…, ces choses sembleraient puériles aux jeunes mondaines qui attachent une importance considérable à la forme d’un chapeau, à la disposition d’une garniture de robe. Il n’est pas de même aux yeux des petites pensionnaires recluses dont la vie est faite de grands sentiments et de menus actes.

VII
COINS DE COUVENT

La cour de la Communauté. — La cour de la Communauté est immense et solennelle ; elle a fort grand air.

Sur trois côtés, s’élèvent des bâtiments faits de gros cailloux noirs, sertis dans du mortier grisâtre. Les baies du rez-de-chaussée sont larges et cintrées, les fenêtres supérieures, très hautes avec de toutes petites vitres.

Des vignes superbes couvrent les murailles sombres au pied desquelles on a établi des plates-bandes où s’épanouissent à profusion les fleurs simples et gaies qu’on ne trouve plus ailleurs que dans les monastères ou le jardin des vieux curés : passe-roses et gueules de loup de toutes nuances, primevères de velours, scabieuses brunes tiquetées de jaune, ravenelles panachées, lupins blancs, thlaspis violets, verveines écarlates et ces coquelourdes pâles qui portent le joli nom de « roses du ciel ».