On aimait bien Moïsette, mais on ne prenait pas trop de libertés avec elle, parce qu’elle était d’humeur farouche et que son grand bec tenait à distance les hardies et les indiscrètes.

Ce fut Marie-Rose qui, involontairement, fut cause de son exil.

Dans la cour du Pensionnat, se trouvait une grosse futaille qui, campée debout et munie d’un robinet, servait à recueillir l’eau des toits, employée à l’arrosage. Par respect pour les vieilles appellations, cette futaille était dénommée gonne.

Or, un jour, le bruit courut que Moïsette était tombée dans le gonne et allait sûrement se noyer. Gros émoi dans le clan de l’Ange Gardien. On complote, on délibère, on étudie les meilleurs modes de sauvetage, et, finalement, on s’en remet à Marie-Rose qui affirme avoir trouvé un moyen.

Voici en quoi consistait ce moyen. C’était pendant l’ouvrage manuel, temps propice aux escapades, à cause de l’allée et venue nécessitée par les leçons et les études de piano. A trois que l’on était, on appliqua le long de la futaille, une échelle qui servait à rattraper les balles lancées dans les gouttières basses ; et, à l’aide d’un parapluie grand ouvert faisant office de filet, on tenta de repêcher l’oiseau. Moïsette, plus effrayée de l’appareil que de l’eau où elle se reposait bien à l’abri, fit la nique à ses patronnes et se sauva par ses propres moyens.

Mais le parapluie ne s’en était pas tiré sans quelque dommage. Or, il appartenait à une dame pensionnaire très soigneuse qui se plaignit. On ouvrit une enquête, et l’autorité supérieure, jugeant que la vie d’un oiseau — fût-ce Moïsette — ne valait pas que de petites pensionnaires risquassent de piquer une tête dans le gonne ou de se casser le cou en tombant d’une échelle, prononça un arrêt de déportation. L’enceinte fortifiée se trouva, dans l’espèce, être le jardin de M. l’abbé.

Il y eut tout d’abord des protestations chagrines. Moïsette avait été gâtée…, elle était accoutumée à trouver sa nourriture toute prête…, elle ne saurait point chercher pâture, etc. Il fallut que le bon aumônier s’engageât à veiller tout spécialement sur l’animal et même à lui ouvrir un crédit pour ses frais de poissonnerie.

Rassurées sur le sort de Moïsette, les enfants l’oublièrent progressivement ; et, à la rentrée suivante, il n’en était plus question.


Les Bleues eurent un cyprin doré qu’elles appelèrent Capitaine. Ce pauvre poisson, suivant l’expression de la mère Saint-Jacques, nageait peut-être dans l’abondance, mais sûrement pas dans l’eau propre. En effet, son bocal était tellement plein de biscuit et de pain azyme qu’il ressemblait à une soupière autant qu’à un aquarium.