Marie-Rose ne fut jamais folle de cet animal. Son museau drôlet, son poil soyeux, ses yeux en « bouton de bottine », la laissèrent indifférente. Mais elle s’amusa prodigieusement des méfaits qu’on lui fit commettre et qu’elle était la première à imaginer.
Le Phénix loge habituellement dans une caisse Sous la Barrière. Mais comme on a la permission de l’emporter aux Capucins, il se trouve à la tête d’un panier de voyage, lequel panier sert parfois pour l’introduire dans la classe de travail manuel dont il est chassé honteusement dès que l’on s’aperçoit de sa présence.
Le comble du grief est quand on le lâche dans les carrés de légumes pour qu’il s’y ébatte et y trouve pâture. La maraude ne serait pas bien grave, mais la chasse qu’on lui fait est terrible, et le père Mouche, le jardinier, s’en plaint amèrement à la mère Économe.
— Ces demoiselles ont encore pilaudé mes choux pour rattraper leur « Phénix ».
Le Phénix eut une existence éphémère. Il termina l’année scolaire en cours et n’en recommença point d’autre. Au surplus, la collectivité à laquelle il appartenait se trouvant dissoute, nul ne le réclama.
Un matin, après une nuit de tempête, on trouva sur la fenêtre de l’Ange Gardien une jolie mouette blessée, l’aile pendante. Tout de suite apitoyées, les pensionnaires voulurent recueillir le pauvre animal. Mais la mère Saint-Boniface n’avait point l’âme tendre, et il fallut une intervention longue, patiente, pleine de diplomatie de la petite sœur au voile blanc, pour qu’elle consentît à laisser ouvrir la fenêtre. Le dortoir affirma sa propriété.
— Nous avons une mouette, déclarèrent les intéressées.
A cause des circonstances dans lesquelles on l’avait hospitalisé, l’oiseau fut baptisé Moïsette, comme si un animal aquatique courait risque de naufrage.
Moïsette sut bientôt reconnaître celles à qui elle appartenait et s’attacha à elles par la reconnaissance de l’estomac. C’étaient toujours les mêmes, en effet, qui lui servaient de pourvoyeuses et lui apportaient en quantité les vers, les colimaçons, voire même, aux jours de sortie, les crevettes et les petits poissons, qui lui servaient de nourriture.