En plus des chats, il y a des bêtes qui appartiennent à des groupes quelconques : classes, dortoirs, etc. De ce fait, Marie-Rose eut la propriété collective de quelques animaux : un rouge-gorge, un cochon d’Inde, une mouette et un poisson.

L’oiseau qui porte le nom banal de Fifi Rouge-Gorge appartient aux Vertes. Celles-ci s’en montrent très jalouses. La cage est accrochée dans leur classe ou posée sur le rebord de leur fenêtre. Toute ceinture étrangère est priée de passer au large.

— En allez-vous, Suzanne, vous l’effarouchez ; il ne peut pas souffrir le jaune.

Au dire de ses tutrices, cet étrange oiseau ne supporte que le vert.

L’été, les petites l’emmènent au Gros Poirier où elles passent l’après-midi ; et leur sollicitude ne lui laisse pas un instant de répit. On le trimbale du soleil à l’ombre et de l’ombre au soleil ; son habitation est remplie de sucre, de biscuit, de verdure et de fruits variés ; la voûte en est ornée de pendentifs nombreux qui font office de joujoux : l’espace libre se trouve très limité.

Dans les moments d’effusion, on se presse autour de la cage ; c’est à qui sera le plus près pour être distinguée par Fifi Rouge-Gorge, et on lui crie des amabilités à l’assourdir.

Le plus curieux, est que Fifi Rouge-Gorge semble se complaire au milieu du vacarme et de la bousculade. Quand, par hasard, ses jeunes tutrices, occupées à quelque tâche, le laissent en repos, on le voit immobile et silencieux sur son bâton. A la moindre velléité de récréation, il s’agite, se met à voleter dans sa cage, chante et piaille de bonheur.

En dépit de ce surmenage et des conditions hygiéniques déplorables dans lesquelles il se trouvait, Fifi Rouge-Gorge vécut très vieux. Marie-Rose, qui l’avait reçu de ses anciennes, le transmit à la génération suivante. Devenue Jaune, elle ne s’inquiéta plus de son sort.


L’année de Marie-Rose, M. l’abbé fit cadeau à son catéchisme de première communion, d’un joli petit cochon d’Inde qui fut baptisé de ce nom légèrement prétentieux : « le Phénix ».