En premier lieu, viennent les chats. On aime beaucoup les chats, mais on est forcé de les aimer de loin. En gens avisés, ils ne se hasardent que très rarement dans les quartiers du Pensionnat où l’amitié qu’on leur témoigne prend vite des allures de catastrophe. Ils préfèrent de beaucoup les parages de la cuisine où ils sont une bonne douzaine à se prélasser au soleil.
On les rencontre en allant et venant au réfectoire, et le grand silence réglementaire est souvent troublé par des appels faits à mi-voix.
— Minou, minou, viens mon petit !
ou des tentatives d’intimidation :
— Ch… ch… ch…
Il arrive même que l’on sorte des rangs pour une velléité de poursuite… rarement couronnée de succès. Il faut une habileté consommée, jointe à une chance exceptionnelle, pour arriver à capturer l’un de ces intéressants félins, et pour le maintenir dans son tablier jusqu’au Pensionnat. Puis ce sont des disputes parce que chacune veut en avoir sa part.
Alors, la mère Saint-Jacques qui, en sa qualité d’Économe, est la Surintendante des chats, menace de les faire exterminer jusqu’au dernier, « puisqu’ils sont une source de désordre et de querelles. »
Et les petites de supplier, comme si la chose était imminente :
— Oh ! non, ma mère, ne les faites pas exterminer, on ne s’occupera plus d’eux.