Si ces principes ne sont pas formulés avec autant de précision et de netteté, l’enseignement religieux que l’on donne au couvent en est une perpétuelle application.

M. l’abbé dit souvent à ses filles :

— Il y a deux livres qui sont par excellence les livres du chrétien et que le chrétien ignore ou dédaigne : c’est le catéchisme et l’Évangile. Il faut savoir son catéchisme par cœur et s’efforcer sans relâche de pratiquer la morale de l’Évangile : c’est par là seulement que vous serez de vraies chrétiennes.


La mère Saint-Boniface est en dissidence formelle avec cette doctrine. Pour elle, toutes les minutes, si courtes, si fugitives soient-elles, où l’esprit se trouve libre, doivent être consacrées à des pratiques de dévotion. Elle conseille et, au besoin, impose le système des « oraisons jaculatoires ». Ce sont de brèves invocations que prononce l’une des personnes présentes et auxquelles l’assistance doit répondre.

Exemple : « Oh ! cœur de Marie… — Soyez mon refuge. » Ou bien encore : « Mon doux Jésus… — Miséricorde ! » Il y en a comme cela à l’infini ; et cela part tout d’un coup au moment où l’on s’y attend le moins.

Alice Gagneur s’est fait une spécialité de ce genre d’oraisons. On se demande où elle peut bien dénicher toutes celles qu’elle débite du matin au soir. A cause de cela, la mère Saint-Boniface, dont elle est, du reste, la grande favorite, la déclare un modèle de piété. Mais tout le monde la déteste, parce qu’elle est perfide, sournoise et rapporteuse. Aussi, pour une qui répond comme il faut à sa clameur, dix autres murmurent :

— Laissez-nous donc la paix, Alice, vous êtes assommante.

Et la gronderie générale qui s’ensuit n’est pas faite pour remettre en sympathie le « modèle de piété ».

La mère Saint-Jacques ne peut pas souffrir ce genre de dévotion. Une fois, elle a dit à quelques Blanches très raisonnables et chez lesquelles, par conséquent, l’interprétation fâcheuse n’était pas à craindre :