— Offrez cela au bon Dieu !

Les engelures, le gras au réfectoire, les aiguilles qui cassent, le mauvais temps un jour de congé : tout est pour le bon Dieu.

Les fillettes sont trop avisées pour ne pas comprendre que ce qu’il s’agit d’offrir, c’est la petite douleur, le léger sacrifice ; mais, fâchées de n’être pas plaintes, elles feignent l’ignorance :

— Une belle offrande pour le bon Dieu, vraiment : des engelures et des poires blettes. Voyons, ma mère, qu’est-ce que vous voulez qu’il en fasse ?

Marie-Rose va plus loin dans l’argumentation. Elle prend soin de s’appuyer sur des textes dont on ne peut contester l’origine ni l’exactitude, sinon l’à-propos.

— Écoutez, ma mère, ce que dit l’Écriture sainte : « Caïn était laboureur, Abel pasteur de brebis. Caïn faisait à Dieu d’indignes présents qui n’étaient point agréés ; mais le Seigneur regardait favorablement les dons d’Abel qui lui offrait ce qu’il y avait de meilleur parmi les premiers-nés de ses agneaux. » Croyez-vous, tout de même, que je veux ressembler à Caïn ?


La mère Saint-Boniface a parfois des idées qu’elle croit propres à l’édification des pensionnaires et qui vont à l’encontre du but, celle-ci, entre autres :

Le dimanche, à la collation, on tire au sort des images qui, pendant toute la semaine, doivent servir de plan de conduite. Il y a, notamment, la série des moyens de transport pour le ciel avec des « conseils idoines à l’accomplissement du salut par lesdits moyens ». On gagne le paradis de toute espèce de façons dont quelques-unes sont très comiques. Le « modèle de piété » est naturellement chargé de la distribution, et certaines l’accusent d’aider le sort dans le sens de ses sympathies et de ses antipathies. C’est ainsi que Marie-Rose ne tire que des moyens longs, désagréables, ridicules : en chariot, en patache, en brouette, alors que Gagneur et ses amies sont favorisées des transports les plus rapides, tels que l’express et le ballon.

Il en va de même pour les Offices à la cour du roi Jésus, où l’on peut être amie, confidente, épouse, reine tout aussi bien que servante ou portière. Une fois que Marie-Rose s’était vu successivement attribuer les rôles les plus infimes, elle protesta hautement :