Voilà les deux fillettes compulsant l’examen de conscience et dissertant sur la nature et l’importance des fautes. C’est un très vieux livre, que celui dont elles se servent, une Journée de chrétien ayant appartenu à leur arrière-grand’mère commune ; et il s’y trouve des expressions qu’elles ne saisissent pas bien.

— Coulpe, demande Marie-Rose, est-ce pire qu’un péché ?

— Je crois bien, répond Denise d’un air entendu.

— Friponnerie…, nous n’avons pas fait cela, bien sûr, c’est un péché de voleurs. Baraterie…, qu’est-ce que cela peut bien être ?

— Je ne sais pas. Cherchons dans le dictionnaire.

Le dictionnaire, très abrégé, des fillettes ne renferme pas le mot baraterie ; mais elles y trouvent baratte : machine à battre le beurre ; et, après bien des réflexions, elles concluent que le crime de baraterie doit être celui de bonnes femmes qui vendent du « faux beurre ».

D’autres péchés les égayent, les indignent ou les désolent.

— Se faire dire la bonne aventure… Tu sais dans les petites roulottes comme il y en a aux foires, avec un lit dans le fond et un gros édredon… Faire excès dans le boire et le manger… C’est tout à fait dégoûtant… Aller au cabaret… mais ce sont les voyous qui vont au cabaret… Écoute, Denise, on n’a pas besoin de mettre ces choses-là dans les livres…

— As-tu usé de sortilèges et de maléfices, toi, Marie-Rose ?…

— De sortilèges, non certainement. Ce sont les « jeteux de sort » qui font ces choses-là à la campagne, remarque la petite Gourregeolles qui, en sa qualité de Parisienne, a beaucoup de goût pour le patois et les expressions de terroir ; maléfices, cela, on ne sait pas ; écris-le toujours.