— Et à Roberte, ajoute Marie-Rose.
C’est Roberte Le Faulq qui a remplacé Anne de Thézy, sortie du couvent depuis plusieurs années.
Catherine, qui a l’humeur joviale, serait prête à s’égayer de la confession fantaisiste de sa fille. Mais Roberte n’admet point qu’on plaisante avec une chose aussi sérieuse que la direction d’une jeune conscience. De plus, elle est très forte en catéchisme. Une Blanche, dont le frère est séminariste, prétend qu’elle en remontrerait à plus d’un élève en théologie. Le fait est que M. l’abbé lui pousse quelquefois des colles dont elle se tire avec honneur. Il se plaît à la faire parler au cours, ne fût-ce que pour se rendre compte des idées que peut avoir sur la doctrine et la morale chrétiennes, une jeune fille de seize ans, intelligente, instruite et réfléchie.
Roberte parcourt avec attention ce recueil de péchés inattendus.
— Dol… Vous êtes-vous servies de manières frauduleuses pour tromper les gens ?… Non, par bonheur, vos capacités ne vont pas jusque-là. Usure… Avez-vous volé des personnes en leur prêtant de l’argent à un taux ruineux ?… Non, et il n’y a pas d’apparence que cela vous arrive jamais… Maléfices… Voyez-vous ces dangereuses petites sorcières qui usent de moyens surnaturels pour faire du mal aux autres… Prévarication…
— Mais, Roberte, c’est dans l’acte de ferme propos, interrompt Marie-Rose un peu humiliée des réfutations successives de Roberte.
— L’acte de ferme propos n’est pas uniquement destiné aux pensionnaires. Dans le sens strict du mot, prévariquer veut dire manquer à son devoir ; mais il y a bien des sortes de devoirs. Contentez-vous donc d’énumérer vos étourderies, vos petits accès de gourmandise et de paresse. Marie-Rose est colère comme un dindon, Denise serait aisément coquette : je crois que c’est à peu près tout pour votre compte de conscience. Quelle singulière idée de se poser en grandes pécheresses pour le seul plaisir d’employer des mots pompeux que l’on ne comprend point ! M. l’abbé ne se serait pas moqué de vous, parce qu’il est très charitable ; mais vous risquiez de lui faire perdre beaucoup de temps avec votre fatras.
Les jeunes cousines, impressionnées de tant de savoir joint à tant de simplicité et de bonne grâce, remercièrent leur grande compagne avec effusion. Et, pour un certain temps, l’âme scrupuleuse de Marie-Rose fut tranquillisée.
Maintenant Marie-Rose a treize ans, et elle est parfois curieuse de sentiments qu’elle devine chez les autres et qu’elle-même n’éprouve pas. Un moment, sa curiosité porte sur la confession.