Pourquoi Alice Gagneur reste-t-elle si longtemps au confessionnal ? pourquoi Berthe Féray en sort-elle si rouge ? et Lucie Gendron en pleurant si fort ? Ses propres stations au tribunal de la pénitence sont très courtes et rien, dans la petite exhortation de M. l’abbé n’est de nature à provoquer les larmes. Il y a donc, dans la confession, quelque chose qu’elle ignore ?

Mais, quoiqu’elle ait grande envie de savoir, l’idée ne lui vient même pas de se renseigner auprès d’Alice, de Berthe ou de Lucie. Nul n’a plus qu’elle la pudeur de ses propres sentiments, et le respect des sentiments d’autrui.

Il fallut un hasard, la flânerie ennuyée et lasse d’une fin de consigne pour qu’elle se trouvât amenée à traiter ce sujet délicat avec Suzanne Aubry. Suzanne est une personne entendue qui a la prétention de délier toutes les questions. Le cas de Marie-Rose ne l’étonne ni ne l’embarrasse.

— Pleurer, décide-t-elle, n’est pas indispensable ; on peut toujours faire semblant.

Marie-Rose hoche la tête. Non, Suzanne n’a pas compris. Elle voudrait savoir pourquoi l’on pleure à confesse et si elle-même est apte à pleurer. Faire semblant, c’était bon quand elle était petite.

Une fois, au temps de sa prime jeunesse, elle avait eu la lubie de sortir du confessionnal, tête basse, son mouchoir aux yeux, les épaules secouées par de prétendus sanglots.

On s’étonnait autour d’elle. « Qu’avait-elle bien pu faire ? » Seule, la mère Saint-Jacques, qui « gardait la confession », ne s’y était pas laissé prendre. D’un coup sec, elle avait tiré le mouchoir de Marie-Rose dont le visage était apparu avec un restant de rire.

— C’est fini, cette comédie-là ? avait demandé la religieuse.

Et l’aventure s’était soldée par une amende honorable sous la lampe perpétuelle du Saint-Sacrement.

Mais les soucis actuels de Marie-Rose sont d’une tout autre nature ; et l’opinion de la galerie lui importe peu.