— Pour ce qui est de rester à confesse aussi longtemps que vous voudrez, continue Suzanne, vous n’avez qu’à dire à M. l’abbé que vous avez des scrupules de conscience.

— C’est que je n’en ai pas.

— Oh ! déclare avec autorité la directrice improvisée, des scrupules, on en a toujours en cherchant bien.

Et, séance tenante, on fabrique un bon petit scrupule entouré de circonstances, étayé d’arguments solides. Marie-Rose éprouve la satisfaction intime que donne la réalisation prochaine d’un désir. Elle va savoir enfin ce qui se passe à confesse quand on y reste si longtemps. Et qui sait ? peut-être pleurera-t-elle pour de bon.

Elle se croit très sûre d’elle-même. Mais elle ignore l’art de feindre ; et, au bon moment, l’échafaudage s’écroule ; elle oublie tout : les arguments, les circonstances et jusqu’à la nature même du scrupule.

M. l’abbé qui connaît admirablement ses filles, voit bien que Marie-Rose n’est pas dans son état normal. Il veut savoir de quoi il retourne ; et l’enfant, vaguement honteuse de l’imposture qu’elle a failli commettre, raconte sa petite histoire.

Marie-Rose est un peu étonnée de la manière dont son aveu est reçu. M. l’abbé est l’indulgence en personne ; il n’aime pas que les enfants soient punies, et il profite de toutes les occasions pour demander ou prononcer l’amnistie. Les pensionnaires savent bien qu’il ne s’indigne pas de leurs espiègleries, que même parfois il les raconte en riant. Aussi, Marie-Rose ne peut-elle croire ses oreilles quand il lui dit avec une gravité presque sévère :

— Ceci demande une explication trop longue pour être donnée ici. Je la remets donc à demain. Je vais prévenir la mère Préfète que j’ai à vous parler sérieusement.

Et cette explication très simple, comme toutes les choses du couvent, Marie-Rose ne devait jamais l’oublier.

La scène se passe dans l’Allée aux Coudres.