— Quel âge avez-vous, Marie-Rose ? demande le bon prêtre, quand son élève l’eut salué avec la révérence d’usage.

— Treize ans, monsieur l’abbé.

— Et vous avez commencé à venir au catéchisme à huit ans ?

— Oui, monsieur l’abbé.

— Il faut donc, ma chère enfant, que j’aie été bien maladroit, puisqu’en cinq ans je ne suis pas arrivé à vous faire comprendre que la confession est une chose infiniment respectable et de laquelle il est malséant de plaisanter. Comment intelligente et réfléchie comme vous l’êtes, avez-vous pu, sur ce grave sujet, prendre l’avis d’une de vos compagnes, aussi inexpérimentée que vous ? Pourquoi ne pas vous être adressée tout simplement à moi qui suis le premier qualifié pour éclairer vos incertitudes, ou bien à l’une de vos mères ? Vous risquiez de vous faire mutuellement beaucoup de mal, avec ces commentaires qui avaient toutes les chances possibles d’être à côté de la vérité et du bon sens. Et le résultat de cette belle consultation !… une petite comédie ridicule… une manœuvre mensongère, dont — je me plais à le reconnaître — votre âme loyale a, tout de suite, été honteuse. Au fond, je suis un peu chagrin de ce manque de confiance que je ne croyais pas mériter…

Marie-Rose avait beaucoup de défauts : elle était désobéissante, raisonneuse, volontaire et, par moments, d’humeur très désagréable ; mais elle était le contraire d’une orgueilleuse. Un rien suffisait à la plonger dans des accès d’humilité profonde. Et puis, elle aimait beaucoup le brave chapelain qui l’avait vue toute petite, et elle éprouvait un gros remords de l’avoir attristé.

— Pardon, monsieur l’abbé.

— Oui, oui, Marie-Rose, répondit l’aumônier, dont la voix s’adoucit comme par enchantement devant le repentir de son élève. Je saisis donc l’occasion qui se présente à moi de vous mettre en garde contre les assertions fausses et, presque toujours volontairement, perfidement fausses, que vous entendrez émettre sur ce sujet très délicat. Mais, liquidons tout d’abord la situation actuelle. Elle n’a rien de compliqué. Pourquoi certaines de vos compagnes pleurent à confesse et d’autres pas ?… Eh ! par la même raison qui fait que certaines s’affligent, se froissent, s’irritent ou se révoltent de ce qui laisse beaucoup d’autres parfaitement insensibles…, par la même raison qui fait que les unes donnent libre cours à leur colère ou à leur chagrin que d’autres ont la force de dominer. C’est une affaire de sentiments, de caractère, d’humeur, voilà tout. Il y a encore ceci de bien simple, que les unes méritent d’être grondées plus fort que les autres. Maintenant, pourquoi vous ne restez pas toutes à confesse le même nombre de minutes ? Mais, est-ce que, dans vos études, les unes ne saisissent pas du premier coup ce que d’autres mettent beaucoup de temps à comprendre ? uniquement parce que les secondes sont plus étourdies ou moins fines que les premières ? Il en est, du domaine moral comme du domaine intellectuel : les aptitudes et la bonne volonté de chacune sont très variables. Il n’y a dans tout cela rien de mystérieux, et il ne fallait, pour résoudre le problème, qu’un peu de réflexion et de simplicité.

— C’est vrai, fit Marie-Rose, heureuse de voir les choses si bien tourner.

— Avez-vous jamais songé à ce qu’est, en réalité, la confession, ma petite fille ? Il ne s’agit pas seulement de débiter ses péchés et de sortir avec une pénitence plus ou moins bénigne. Pour si précieux que cela soit déjà, vos stations au confessionnal ont un autre but. C’est là que par confiance, par crainte, ou simplement par devoir, votre jeune âme se montre sans nul repli caché ; le prêtre, guidé par son expérience, voit plus loin que les actes qu’on lui révèle ; il discerne les intentions, évalue les responsabilités, apprécie les causes et les effets. Il ne se contente pas de réprimander, il éclaire, il encourage, il soutient, il rassure, il console. Il parle avec l’autorité que lui donne son dévouement absolu et son titre de représentant de Dieu. Me comprenez-vous bien, Marie-Rose ?