— Oui, monsieur l’abbé.
— De toutes les pratiques religieuses, la confession est celle qui est le plus violemment attaquée ; il faut savoir répondre aux objections que vous entendrez élever sur ce point. « Les catholiques, répète-t-on couramment, auraient bien tort de se gêner pour commettre des fautes dont ils sont sûrs d’être absous moyennant l’aveu et une légère pénitence. » Il serait tout aussi sage de dire qu’il est indifférent de tacher une étoffe précieuse ou de briser une fine porcelaine, sous prétexte qu’on peut nettoyer l’une et recoller l’autre. Par bonheur, beaucoup s’abstiennent de pécher par obéissance à la loi divine, et aussi parce que la droiture, la noblesse, la pureté de leur âme s’oppose à ce qu’ils commettent certaines fautes.
— Bien sûr, appuya la fillette.
— Vous entendrez encore dire que la confession peut être, pour certains, un sujet de trouble. Eh bien, c’est que ceux-là cherchent, au confessionnal, tout autre chose que ce qu’on y doit rencontrer. Soyez assurée que les sujets de trouble viennent beaucoup moins du confesseur que des pénitents et des pénitentes. Sans aller chercher des exemples bien loin, croyez-vous que si je vous avais moins connue, votre petite lubie d’hier ne courait pas risque de m’entraîner dans une fausse voie, et qu’alors mes remontrances et mes conseils non seulement ne vous auraient pas été utiles, mais encore pouvaient mettre votre âme en désarroi ?
— C’est vrai, monsieur l’abbé.
Le bon chapelain parla encore longtemps. Il dit comment, en dehors de tout dogme, la confession répond à une aspiration de la nature humaine, comment tous nous éprouvons, à certaines heures, l’impérieux besoin de décharger notre âme, comment les pires criminels même, ne peuvent guère se défendre de raconter leur forfait.
Puis il ajouta :
— Je vous dis ces choses en particulier, parce que certaines de vos compagnes n’ont pas l’esprit aussi délié que vous et risqueraient d’interpréter mon discours autrement qu’il ne convient. Mais vous, mon enfant, qui m’êtes particulièrement chère, sans doute à cause des dangers que je prévois pour vous dans l’avenir — la vie de Paris me fait un peu peur — je tiens à ce que vous soyez renseignée sur tous les points qui peuvent vous paraître obscurs ou inquiétants. Ne craignez donc point, tant que vous serez dans cette maison, de recourir à votre vieux pasteur. Nous philosopherons ensemble dans l’Allée aux Coudres et puisse l’enseignement que vous y recevrez vous servir de guide pour la vie entière.
III
LES CÉRÉMONIES RELIGIEUSES
La chapelle est une des gloires et une des joies du couvent.