Ce n’est pas qu’elle soit magnifique ni curieuse, mais elle est fraîche, bien close, pleine d’une lumière blonde aussi douce à l’esprit qu’à la vue. Le maître qui y règne n’est point le Dieu du Sinaï, un peu effrayant pour les âmes timides et douces, mais le Sauveur du monde, le Messie qui parcourait la Galilée, guérissant les malades, consolant les affligés, appelant à lui les petits enfants, et daignant parfois se reposer dans la maison de ses disciples. C’est l’hôte de Lazare avec beaucoup de Marthe et de Marie empressées à lui plaire et à le servir.

Au couvent, tout ce qui concerne la religion prend une allure de distinction profonde. Quelle que soit l’importance des offices, l’entrée et la sortie sont très solennelles.

Dans l’avant-chœur, les religieuses ont défait l’agrafe qui relève la queue de leur robe, et les « dames » ont revêtu le grand manteau à traîne. La porte s’ouvre à deux battants, et le défilé s’organise, sans heurts, sans bruit : d’abord les pensionnaires, puis les sœurs converses, les postulantes, les novices, enfin les mères par ordre inverse d’ancienneté. A la hauteur de la coupée des stalles, on fléchit le genou devant le Saint-Sacrement et l’on fait demi-tour pour gagner sa place. Seules, la Supérieure et l’Assistante, qui entrent les dernières, font leur génuflexion au bas du chœur, et, après un salut mutuel, gravissent les deux marches de leur stalle. Les pensionnaires remplacent la génuflexion par une profonde révérence à l’autel.

Cette suite de manœuvres s’exécutent avec un ordre, une aisance, une précision dont ne peuvent se faire une idée, ceux qui ignorent la tenue des couvents. On pourrait sourire de tant de cérémonie ; mais la question de culte mise à part, il n’y a point de meilleure école pour les bonnes manières.

Il est rare, bien rare, qu’il survienne quelque anicroche dans l’ordre établi. Mais, un livre qui tombe, un mouvement exécuté mal à propos, la plus petite erreur dans la psalmodie ou le chant, moins que cela, parfois, constitue un « léger scandale ». La religieuse qui s’en est rendue coupable vient, en signe de mortification, baiser la terre, sous la lampe perpétuelle.

Le sanctuaire est séparé du chœur par une grille très élevée dans laquelle sont ménagés deux portes et le double vantail que l’on ouvre pour les sermons et pour la communion.

La « chapelle du monde » se trouve en angle droit avec le chœur et n’y voit l’autel que de profil.


Le service religieux est fait par l’aumônier, six enfants de chœur que l’on appelle des « clercs » et un enfant de chœur en chef qui se distingue par sa soutane noire et que, pour cette raison, les pensionnaires nomment le « clerc noir ». Le « clerc noir » fut, de tout temps, voué à une exécration sans merci. Le motif ?… on ne saurait le dire. Comme, fort heureusement pour lui, le pauvre garçon n’a jamais affaire à ces demoiselles et qu’il ne franchit la grille qu’au moment des processions, ses méfaits restent dans le vague : ils n’en sont que plus atroces. On dirait aux pensionnaires que le « clerc noir » dévore un enfant de chœur à chacun de ses repas que nulle ne songerait à protester.

Les offices sont très beaux et très suivis par les « personnes du monde ». L’autel est toujours merveilleusement orné de lumières et de fleurs. Les serres et les jardins sont très soignés et la mère Sacristaine est une faiseuse de bouquets tout à fait hors ligne. C’est elle qui préside à l’arrangement de toutes choses ; mais la règle lui interdisant de pénétrer dans le sanctuaire, deux dames pensionnaires accomplissent la besogne matérielle suivant les indications qu’elle leur donne de l’autre côté de la grille.