Les ornements d’autel et les habits sacerdotaux sont admirables et nombreux. Les bannières et les bourses de quête auraient pu constituer des pièces de musée. Les nappes et les aubes sont des merveilles de broderie. Tout a été confectionné au couvent par les religieuses d’autrefois aidées des orphelines.
Mais ce qui surtout attire les personnes de la ville, c’est le chant. Les mères Saint-Joseph et Saint-Michel, organiste et maîtresse de chapelle, s’y donnent beaucoup de mal ; et M. l’abbé surveille de très près les répétitions. Les choristes sont soigneusement triées et reçoivent une excellente éducation musicale. On prend soin de faire chanter à chaque soliste ce qui s’adapte non seulement à sa voix, mais encore à sa nature. On obtient ainsi des résultats extraordinaires pour des sujets si jeunes.
Béatrix Peyraud chante Memorare ; Antoinette de Rière les litanies de la Sainte Vierge, les petites Louvière Sicut lilium. Marie-Rose a une voix de contralto très pleine, très expressive, assez rare chez une fillette. C’est elle qui, aux grands saluts, chante le Tantum ergo, l’Adoremus et, parfois, un Quid retribuam qui est son motet préféré.
M. l’abbé, qui est très fier de la chapelle, des cérémonies, et, peut-être un peu de ses filles, fait faire des compliments aux chanteuses quand il croit qu’elles le méritent. Mais la mère Assomption, qui craint la vanité plus que la peste, prend bien soin d’ajouter à ces éloges un petit speech de son cru.
— N’en tirez point d’orgueil, mes enfants, les morceaux ont, par eux-mêmes, une telle beauté, qu’il faut très peu de talent pour les faire valoir.
Marie-Rose, en ce qui la concerne, ne songe nullement à s’enorgueillir. Elle n’a cure de l’effet produit. La voix de l’orgue, les parfums sacrés, les lumières et les fleurs, l’atmosphère de piété où baigne son âme l’emportent très loin, bien au-dessus des banalités de la vie.
La mère Saint-Michel lui dit parfois :
— Marie-Rose, je tremble dès que vous ouvrez la bouche. Vous paraissez tellement absente.
Et c’est vrai ; elle est absente. Sans souci de l’auditoire, elle chante pour elle-même ou plutôt pour Celui à qui elle s’adresse. Quand elle prononce : « O croix de mon Jésus, que veux-tu de mon cœur ? » elle interroge vraiment. Elle souhaite avec ardeur l’ordre doucement impérieux qui lui indiquera le chemin qu’elle doit suivre.