Hélène de Puyrenaud, qui pourtant n’est point complimenteuse, lui fait cette remarque :

— La voix de tes cousines Louvière est plus jolie que la tienne. Béatrix et Antoinette ont plus de méthode, plus d’acquit ; mais toi, quand tu chantes, on est tout de suite ému.

Et Charlotte Périer ajoute :

— Il y a des moments où tu es très mystique, tu sais.

— Rosa mystica, ora pro nobis, conclut Marie Juisaye, une insouciante que la vie intérieure ne tourmente point.

IV
QUELQUES FÊTES

Pâques fleuries. — On aime beaucoup la fête des Rameaux au couvent. C’est le premier jour de la semaine sainte, temps de cérémonies nombreuses et inaccoutumées qui vont amener une agitation quotidienne et des dérogations multiples au règlement. Mais c’est aussi un temps de recueillement et de réconciliation générale.

La tenue se ressent de ce double courant. On est en l’air, mais sans désordre et sans dissipation. Le ton dominant est la cordialité avec une pointe d’attendrissement.

Les dames pensionnaires elles-mêmes ont un petit air guilleret qui s’arrange bien avec la toilette de demi-saison qu’elles inaugurent ordinairement ce jour-là ; et elles causent volontiers avec les pensionnaires qu’elles rencontrent.

— Vous savez, dit la vieille Mlle Boudru à un groupe de Bleues, le temps qu’il fait à l’Adoration de la Croix est le temps qu’il fera les trois quarts de l’année. Ainsi donc, regardez bien à ce moment-là de quel côté est tournée la girouette.