— Oui, interrompt la mère Saint-Jacques, qu’elles s’en avisent !… que j’en voie une lever le nez pour reconnaître le vent !…

Au commencement de la messe on se rend, en file indienne à la grille du sanctuaire pour chercher les branches de laurier qui, au couvent, remplacent le chétif bouquet de buis en usage dans la plupart des paroisses. M. l’abbé présente à chacune la tige bénite que l’on baise dévotement avant de la prendre. Il y a toujours quelque nouvelle ou quelque petite qui se trompe et baise la main de M. l’abbé au grand scandale ou à la grande joie de ses voisines immédiates. Les lauriers sont nombreux et prospères dans le pays, aussi ne regarde-t-on pas à l’ampleur des branches. Rien de joli comme ce bois vert et mouvant qui remplit la chapelle.

La procession parcourt les Capucins, monte l’Allée aux Coudres, puis s’étale sur la magnifique esplanade plantée de vieux noyers où l’on adore la Croix… sans trop penser aux girouettes. Toutes, même les petites, chantent à pleine voix : Gloria, laus et honor.

L’Attolite portas, avec les trois coups frappés du bâton de la croix, impressionne toujours les enfants ; et, une fois, la petite Germond fondit en larmes parce qu’« on avait mis le bon Dieu à la porte ».


Les Ténèbres. — « Mes enfants, l’office que nous allons célébrer pendant trois jours sous le nom de Ténèbres s’appelait autrefois Nocturnes, parce qu’il se chantait la nuit. Le chandelier triangulaire aux quinze lumières que l’on éteint l’une après l’autre à la fin de chaque psaume est le dernier vestige d’un antique usage qui voulait que dans les offices de nuit on soufflât les cierges au fur et à mesure que le jour paraissait. Le quinzième cierge que l’on cache un moment derrière l’autel signifie celui que l’on conservait pour rallumer la lampe qui doit toujours brûler devant le Saint-Sacrement. Le bruit que l’on fait pendant cette courte éclipse est encore une survivance du vieux temps. En effet, c’est en frappant la stalle avec son livre que l’officiant donnait le signal du départ.

« Maintenant, écoutez-moi bien. Quoique je respecte infiniment les traditions de l’Église catholique, je vous prie de ne les suivre que de très loin en ce qui concerne le tumulte ; trois coups discrets frappés sur l’appui-main avec le médius replié sont amplement suffisants. Il est interdit de taper des pieds ; il est non moins interdit de se servir d’un manche de canif, d’un dé, à plus forte raison d’un caillou. Les poches suspectes seront explorées avant l’entrée de la chapelle. »

Ainsi parle, chaque année, la mère Préfète aux Billets de Pâques fleuries.


— Marie-Rose, veuillez retourner votre poche.