La mère Saint-Boniface a son air le plus Surveillante générale, un air qui signifie clairement : « Ah ! ah ! mademoiselle, nous allons donc vous prendre en faute…, et vous tancer…, et vous punir… Et ce sera justice, comme on dit au Palais. »

Marie-Rose a bien envie de se rebiffer, non parce que, Blanche déjà, on la traite comme une Bleue, mais parce qu’elle déteste le soupçon. Il aurait été beaucoup plus simple de lui dire :

— Marie-Rose, vous n’emportez aucun instrument de vacarme, au moins ?

Elle n’aurait pas menti, ni résisté, elle aurait remis sans protestation le corps du délit, — en admettant qu’il en existât — car elle est dans ses bons moments. Chaque année, quand revient la Semaine sainte, elle éprouve de sérieuses velléités de sagesse.

Elle a gardé pour Jésus-Christ le grand amour de son enfance. L’Évangile de saint Mathieu, lu à la messe des Rameaux, suffit à la faire rentrer en elle-même ; et elle accepte, à titre expiatoire, toutes les mortifications qu’il plaît à la Providence de lui envoyer par l’entremise de la mère Saint-Boniface.

C’est donc avec une docilité parfaite qu’elle retourne sa poche dans laquelle ne se trouve aucun objet prohibé. La mère Saint-Boniface regarde Marie-Rose avec méfiance. Il lui semble très extraordinaire qu’elle n’ait point mis à profit cette occasion de faire du tapage, et plus extraordinaire encore qu’elle s’exécute sans raisonner.

— Souvenez-vous, mademoiselle Gourregeolles, que je vous surveille de près…, de très près… et que la moindre infraction aux ordres sera sévèrement réprimée.

Bien que Marie-Rose ait la menace en horreur, elle ne se départ pas de sa résignation exemplaire, et quitte la mère Saint-Boniface avec une révérence profonde où l’œil le plus hostile ne saurait découvrir l’ironie.


Marie-Rose entre donc aux Ténèbres avec un ferme propos qu’elle croit à toute épreuve. Mais elle ne peut dépouiller complètement l’instinct d’observation et de déduction qui est le fond de sa nature. La manière dont chaque religieuse accomplit son office l’intéresse prodigieusement.