Pendant les treize années de couvent de Marie Rose, ce furent les seules amitiés particulières qui, par leur ténacité, nécessitèrent des mesures de répression. On rencontrait bien, de temps en temps, des ébauches d’intimité, mais cela ne tenait pas devant le rappel au règlement, une remontrance un peu sévère et une mutation dans les places.
Si, exceptionnellement, il y eut lieu d’intervenir de façon plus rigoureuse, on agit avec tant de prudence que les enfants n’en surent rien. Marie-Rose et l’immense majorité de ses compagnes sortirent du couvent sans avoir eu, non seulement la tentation du mal, mais encore la connaissance, le soupçon du mal.
Toutefois, du soin que l’on apporte à combattre certaines liaisons trop intimes, faut-il conclure que l’amitié, au sens propre du mot, la bonne, la franche amitié qui provient d’une conformité de goût, d’humeur, de sentiments, et de cette chose indéfinissable qui est la sympathie, soit considérée comme nuisible ? Non, certes. Et, loin de la combattre, on estime qu’elle peut être un précieux élément d’éducation.
Deux exemples entre beaucoup suffiront à l’établir.
Berthe est la fille d’un riche agriculteur de la région. Elle est odieusement élevée : parents, domestiques, bêtes et gens, tout plie devant sa volonté qui change dix fois par heure. Ce n’est pas qu’elle soit mauvaise, mais elle est exigeante et grogron autant qu’on peut l’être.
Avec de si heureuses dispositions, la vie du couvent n’était pas son fait. Le jour de son entrée, on put se croire revenu aux temps bibliques du déluge et des lamentations de Jérémie.
— J’veux… j’veux… r’tourner aux Rouxcam… am… amps…