En somme la majorité était pour Marie-Rose. Même celles qui ne l’aimaient pas étaient forcées de rendre hommage à sa loyauté habituelle.
Au fond, tout de même, la petite révoltée gardait un peu d’inquiétude. Qu’est-ce que la mère Assomption pensait d’elle ?… Comment l’accueillerait-elle à son retour au Pensionnat ? Ce n’était pas la punition qui lui faisait peur, mais le jugement de son cher mentor.
Une après-midi, la mère Préfète vint au Pensionnat, très faible encore et très changée. C’était l’heure de la collation. A l’accueil enthousiaste de ses enfants, elle répondit par un sourire de satisfaction, mais fit signe qu’elle ne pouvait point parler. Elle avait craché le sang et il lui fallait encore beaucoup de ménagements. Puis, d’un geste, elle appela Marie-Rose, qui la suivit dans son cabinet.
— Ma chère fille, dit-elle, si bas qu’on avait peine à l’entendre, je suis revenue plus tôt que je n’aurais dû.
Les nerfs de l’enfant exaspérés par la lutte qu’elle soutenait depuis si longtemps se détendirent subitement et elle éclata en sanglots.
— Ne parlez pas, mère Assomption, supplia-t-elle, je comprends bien ce que vous voulez dire. J’ai eu tant de chagrin en pensant à vous ; mais je ne pouvais pas demander pardon à la mère Sainte-Catherine, puisque je ne me suis pas moquée d’elle… Si j’avais ri de son pied blessé, j’aurais été une très vilaine fille, mais je ne l’ai pas fait… Vous ne croyez pas, dites, mère Assomption, que j’aie pu le faire, ni que je me sois refusée à reconnaître mes torts… J’ai assez souvent besoin de faire des excuses pour que l’on ajoute foi à ma parole… et vous savez bien que je ne mens jamais… La mère Sainte-Catherine le croit, mais elle se trompe : voilà tout.
Marie-Rose parla encore longtemps ; toute l’amertume de son cœur débordait en protestations d’innocence pour elle-même, d’affectueuse soumission pour sa chère maîtresse, sans l’ombre d’une accusation pour celle qui, de très bonne foi, sans doute, mais avec une sévérité implacable, l’avait condamnée.
— Marie-Rose, dit enfin la mère Préfète, Notre-Seigneur avait-il commis tous les forfaits dont on l’accusa ?… et songea-t-il un seul instant à se révolter ?… Vous qui l’aimez tant, ne pourriez-vous l’imiter une fois par hasard ?… et vous sacrifier pour l’édification du Pensionnat ?…
La fillette se raidit devant la soumission que, tacitement, on exigeait d’elle. Elle aimait beaucoup la mère Préfète et elle était infiniment touchée de la voir revenir au Pensionnat rien que pour elle, mais toute injustice l’exaspérait.
La religieuse prit sur les rayons de sa bibliothèque, un livre qu’elle feuilleta, puis offrit ouvert à Marie-Rose.