Avec un peu de diplomatie, il eût été facile de concilier les deux adversaires et d’éviter un conflit regrettable. Mais la mère Surveillante était tout le contraire d’une diplomate ; et, loin d’apaiser les querelles, elle excellait à les envenimer. Elle prononça avec autorité :

— Entre votre parole et celle de mère Sainte-Catherine, vous comprenez que je n’hésite pas.

— La mère Sainte-Catherine se trompe, voilà tout.

— Alors, vous refusez de demander pardon ?

— Oui, je refuse, déclara nettement Marie-Rose.

— C’est bien, mademoiselle, vous pouvez rejoindre vos compagnes ; mais votre punition commence dès maintenant ; vous êtes en interdit.

Si la mère Préfète avait été au Pensionnat, rien de ce qui suivit ne se serait passé ; elle aurait su dire que, du moment où sa fille déclarait n’avoir pas fait une chose, c’est qu’elle ne l’avait pas faite, — elle savait bien que l’enfant venait quelquefois près d’elle s’accuser de petits méfaits qui, par hasard, n’avaient pas été découverts, — et, sans désavouer complètement la mère Sainte-Catherine, elle aurait trouvé moyen de soustraire Marie-Rose à une punition qu’elle n’avait pas méritée.

Mais, par malheur, elle était malade à ce moment, et elle demeura encore absente dix jours. Pendant ces dix jours, Marie-Rose s’obstina, malgré l’intervention directe de la mère Supérieure. Jamais pareille résistance ne s’était vue, surtout en face de l’autorité suprême. La fillette était au silence pendant les récréations, elle défilait hors des rangs et elle assistait aux offices dans l’avant-chœur, toute seule sur une chaise.

Heureusement, des consolations lui venaient un peu de tous côtés. Si la mère Saint-Boniface la harcelait d’objurgations qui ne faisaient que l’endurcir, la mère Saint-Jacques prenait pour lui parler une voix plus douce, une voix attendrie presque ; et la bonne mère Sainte-Thérèse lui donnait chaque jour une image nouvelle. La mère Saint-Bernard continuait à son élève l’intérêt plein d’affection et d’estime qu’elle lui témoignait habituellement. Au résumé, les maîtresses semblaient ignorer l’incident.

Quant aux compagnes de Marie-Rose, quelques-unes, sans doute, se réjouissaient de la voir en si fâcheuse posture ; et Alice Gagneur lui disait avec un ton qui donnait envie de la gifler : « Je prie Dieu qu’il vous éclaire. » Mais Hélène et Charlotte l’approuvaient dans sa résistance ; Marthe Friardel pleurait à chaudes larmes à toutes les récréations, aux défilés, aux offices, chaque fois, en un mot, que la disgrâce de son amie était manifeste ; et Cormolin affirmait, de sa voix de crécelle : « Mlle Gourregeolles n’a rien fait ; je le sais bien, moi ; et c’est injuste de la mettre en pénitence. »