Donc, la mère Sainte-Catherine avait eu un petit accident qui l’obligeait momentanément à marcher avec une canne, et l’empêchait de tenir sa place dans les défilés de la Communauté. D’autre part, Marie-Rose avait l’observation aiguë et très amusée. Des choses, en apparence insignifiantes et que la masse n’avait point remarquées, la plongeaient dans des accès de fou rire dont elle ne pouvait se défendre.
Un dimanche, à la sortie des vêpres, Marie-Rose s’entendit interpeller par la Surveillante générale qui semblait écouter une plainte de la mère Sainte-Catherine.
— Mademoiselle Gourregeolles !… vous allez immédiatement demander pardon de votre inconvenance…, sans préjudice, bien entendu, d’une bonne punition pour mauvaise tenue au Chœur.
— J’ai été inconvenante, moi ?… fit Marie-Rose, au comble de l’étonnement, avec qui donc ?…
— Mademoiselle, répondit la plaignante, ne joignez point l’hypocrisie à votre méchanceté première ; quand je suis passée devant les rangs des pensionnaires en m’appuyant sur ma canne, vous m’avez adressé une grimace de moquerie.
— Moi ?… répéta l’enfant, surprise et chagrinée.
Elle était capable de bien des sottises et de bien des malices ; elle raillait volontiers les événements et les situations, mais jamais les personnes, à plus forte raison une personne infirme. Toute espèce de souffrance la faisait, au contraire, tressaillir douloureusement.
— Oui, mademoiselle Gourregeolles, vous… affirma la mère Sainte-Catherine ; n’essayez pas de mentir, je vous ai vue.
Cette fois, Marie-Rose se rebiffa. Après l’avoir accusée de mauvais cœur, voilà qu’on la soupçonnait de fausseté. Elle répondit avec violence :
— Si je m’étais moquée de vous, parce que vous avez mal au pied, mère Sainte-Catherine, je serais très coupable, en effet, et je n’aurais pas besoin qu’on me force à vous demander pardon ; mais je n’ai pas fait de grimace ; et si j’ai ri, c’est d’une chose qui me semblait drôle et à laquelle vous étiez tout à fait étrangère.