Mais la Supérieure la tenait en haute estime. Elle l’avait connue dans le monde — toutes deux étaient de la même société — et elle ne continuait à voir que les bons, les très beaux côtés de son caractère. Elle ne croyait pas, au surplus, qu’une direction un peu rude, mais toujours égale, pût nuire en quoi que ce fût, à la formation morale des enfants, et, dans une très large mesure, elle avait raison.
Mais le jour où ses neuf ans de souveraineté révolus, la mère Saint-Louis rentra dans le rang et fut remplacée par la mère Assomption, il y eut du changement. La mère Saint-Paul fut nommée Préfète, et la mère Saint-Jacques, Surveillante générale ; la mère Saint-Boniface réintégra la Communauté avec la qualité de conseillère que lui valait son temps de profession. Et, ainsi que le dirent les enfants, elle emporta tellement de regrets, qu’elle n’en laissa aucun.
Tout autre, plus pénible et plus amère fut l’impression laissée en Marie-Rose par deux religieuses, avec lesquelles heureusement, elle eut fort peu affaire.
La mère Saint-Jean-Baptiste fait la grande récréation du jeudi, les deux récréations du dimanche et la fameuse classe de comptabilité commerciale. Ce n’est pas qu’elle persécute la petite Gourregeolles, non ; elle affecte de l’ignorer. Jamais elle ne lui adresse la parole en dehors des nécessités du service. Si elle doit lui répondre, c’est de la façon la plus sèche, la plus concise, la plus détachée.
Marie-Rose, qui n’a pas l’âme fielleuse, tenta bien jadis quelques petites prévenances pour amadouer l’acariâtre, mais ses prévenances furent accueillies de telle façon qu’elle ne les renouvela pas, beaucoup moins par dépit que par discrétion.
Cette inimitié silencieuse ne mollit jamais ; et malgré les examens de conscience les plus minutieux, l’enfant fut incapable d’en découvrir la cause.
La mère Sainte-Catherine, elle, ne paraît jamais au Pensionnat, — c’est une des dignitaires de la Communauté, — mais on la rencontre quelquefois dans les allées et venues. Or, à la salutation réglementaire que lui adresse Marie-Rose, elle répond par un coup de tête très dédaigneux que l’enfant traduit de cette façon : « Vous croyez sans doute être quelque chose, mademoiselle Gourregeolles, et bien, vous n’êtes rien… deux fois rien… »
Marie-Rose aurait aisément pris son parti de cette attitude ; mais la mère Sainte-Catherine causa la seule injustice dont elle fut victime au couvent, et elle ne l’oublia jamais.