Les deux pensionnaires eurent le même geste d’ennui. Il leur en coûtait plus de tromper la confiance de leur maîtresse que de s’exposer, par une désobéissance, à la plus dure punition. Mais les événements commandaient.

Dès qu’elles furent seules, Hélène prit une bêche et creusa un trou, suivant les indications de son amie. Dans leur petit jardin fleurissaient des lis, Marie-Rose cueillit les plus frais, les plus purs, elle les effeuilla, puis les disposa en un lit épais. Mais les calices, un peu fermes, ne se prêtaient pas à sa combinaison, et il y avait des endroits où la terre se voyait encore. La fillette regarda autour d’elle et, dans le jardinet de ses cousines, elle aperçut une grosse touffe de pivoines blanches ; elle en prit quelques-unes, étala leurs pétales souples, légers, puis elle posa dessus les dessins qu’elle baisa d’abord passionnément. Ensuite, elle remit un lit de pivoines, une couche de lis protecteurs ; et, désolée, rejeta la terre comme sur un mort.

Hélène la laissa un moment silencieuse, le front barré d’un pli de colère et de chagrin, les yeux secs et fixés sur le petit monticule qui renfermait ses souvenirs. Puis, elle la prit par la taille et l’attira doucement.

— Viens, ma chérie, il y a plus d’une demi-heure que la rentrée est faite, tu sais.

Marie-Rose se laissa entraîner sans rien dire.


Pierre Le Horn faisait alors son voyage autour du monde, en qualité d’aspirant. Quand il écrivait à ses amis Gourregeolles, il ne manquait jamais de dire une foule de choses pour sa petite camarade, sans compter les autres choses contenues implicitement dans sa missive, et que Marie-Rose comprenait fort bien. Et elle répondait de la même manière.

La première fois que Paul lui demanda après la triste exécution :

— Qu’as-tu à dire pour Pierre ?

Calme en apparence mais le cœur plein de détresse, elle répondit :