Le tohu-bohu a gagné jusqu’à la classe violette. On s’y agite beaucoup, on y parle très fort et la petite sœur Moutier, qui « garde » pendant que les maîtresses sont au parloir appelées par les parents de leurs élèves respectives, est un peu débordée.
— Bon ! fait Anne de Thézy, j’ai deux « Pères de l’Église » et pas de grammaire générale. Marie-Rose, allez donc à l’« armoire » prier mère Saint-Boniface de me faire l’échange. Saurez-vous vous expliquer ?
Marie-Rose a beaucoup de mémoire ; elle parle très bien et s’exprime clairement. A l’admiration de toutes, elle répète, sans embarras, la difficile commission de sa petite mère.
— Attendez, Verte, ajoute Madeleine Charost, vous profiterez de l’occasion pour rendre ce « Pautex ». Un livre de Jaunes, je vous demande un peu, pourquoi pas un syllabaire ?
Au bout d’un instant, Marie-Rose revient avec une grammaire générale ; elle reçoit des remerciements et des éloges qui la rendent toute fière, et attend avec une impatience respectueuse que l’on réclame de nouveau ses bons offices.
— Heureusement que j’ai demandé avec insistance des « becs d’oiseau », prononce une voix fâchée. On m’a donné des « lances » que je ne peux pas souffrir, parce qu’elles sont trop dures. Petite Gourregeolles, faites-moi changer ces « lances » en « becs d’oiseau », à la rigueur en « têtes de mort ». Vous me connaissez bien… Geneviève Mourley.
La jeune pensionnaire commence tout de même à s’effarer sous le flot de connaissances nouvelles qu’on lui impose. Des lances ! des becs d’oiseau ! des têtes de mort ! tout cela dans le pupitre d’une Violette… Elle est bien étonnée quand on lui remet une simple boîte de plumes.
En descendant le grand escalier, hier encore silencieux et désert, aujourd’hui plein de mouvement et de tapage, Marie-Rose rencontre Berthe Aubugeau, une Bleue très délurée, qui l’examine avec une curiosité indiscrète.
— Mais c’est Marie-Rose que voilà en uniforme !… Ah bien ! c’est un événement, cela !… Venez donc que je vous « montre ».