Certes ! on aime bien le couvent, on est heureux de se revoir et de revoir les bonnes mères ; mais il y a un moment de défaillance. De beaucoup de « coins » partent des bruits discrets de mouchoirs ; bien des chevets sont mouillés de larmes.


Les parents s’insurgent quelquefois contre ce passage brusque d’une liberté joyeuse à la discipline inflexible, et réclament une petite fête de rentrée. Mais l’autorité ne veut rien entendre.

— La règle est la règle, dit-on ; elle ne supporte aucune atténuation. La vie n’est-elle pas elle-même implacable et sans souci de transitions ? Il vaut mieux que nos filles s’accoutument au devoir, alors que le devoir est relativement doux et facile.

Les enfants ont l’habitude de ce ferme langage ; et si quelques-unes pleurent, aucune ne murmure.

LA VIE AU COUVENT

I
AU DORTOIR

Une grande pièce oblongue ayant vue, d’un côté sur la mer, de l’autre sur les terrasses, quinze lits blancs où, sous les rideaux de basin rayé, quinze petites dormeuses poursuivent leur rêve, sans souci du jour qui va poindre, ni de la veilleuse qui craque en achevant de brûler son huile : nous sommes dans le dortoir de l’Ange Gardien.

La porte s’ouvre doucement, et une religieuse entre à pas de loup. Elle jette d’abord un coup d’œil d’ensemble, puis visite chaque « coin ».

Rassurée par le calme qui l’entoure, elle détache le chapelet qui pend à sa ceinture et commence à prier. Au bout de quelques minutes, le grand silence est interrompu par les trois premiers « tints » de l’angélus ; trois « tints » encore, puis trois autres, et la « volée » annonce qu’il faut se remettre à vivre.