L’entrain n’est pas considérable, mais on obéit.

C’est nous qui sommes les rubans blancs.

Nous demandons pour compagnons

Les rubans bleus, les rubans bleus,

chante-t-on en rythmant la marche.

Tout d’abord, la course est un peu molle, les voix un peu sourdes. Mais, petit à petit, le pas devient plus ferme et le ton plus clair. Des rires éclatent pour un accroc au défilé, une chute sans conséquence, pour rien. Il n’y a pas de mélancolie qui résiste à une partie de « rubans » bien organisée.


Le souper de rentrée manque de gaieté. Entre la salle à manger familiale bien close, doucement éclairée, et le grand réfectoire aux recoins sombres ; entre la nappe, douce au contact, la faïence gaie, les cristaux étincelants, et le marbre dur, la porcelaine d’un blanc cru, les timbales un peu bossuées ; entre la causerie joyeuse des dernières semaines et le silence monacal auquel il faut brusquement s’astreindre, la comparaison est trop désavantageuse.

Le menu habituel ne subit aucune addition, aucun changement.

A huit heures, le dortoir froid où tremble une veilleuse reçoit les petites filles, choyées depuis six semaines.