— On a le sommeil robuste, à votre âge, fait la mère Assomption avec une maternelle indulgence ; le vent, toute la nuit, a soufflé en tempête, la mer est démontée… Ce matin, on ajoutera à la prière un Ave maris stella pour les marins qui sont « dehors ».
« Les marins qui sont dehors… » il y a des milieux où l’on ne saisirait pas bien ; mais au couvent, tout le monde sait que « dehors », c’est le grand large. La mère Supérieure et la mère Préfète, qui sont les filles du célèbre amiral G., emploient tout naturellement les termes de la marine qui leur sont familiers, elles sont certaines d’être comprises.
Beaucoup de figures s’assombrissent ; il y a des fillettes qui ont un père, des frères, des oncles « dehors ». Mais si l’on ne heurte pas inutilement la sensibilité des enfants, on ne la ménage pas trop non plus. L’éducation est franchement altruiste. Et, par ce matin de mauvais temps, la mère Assomption juge bon de dire à ses élèves :
— Cette journée qui commence, d’autres que vous la vivront ; et parmi ceux-là, beaucoup sont moins bien partagés : il faut songer à eux.
Le soir.
Huit heures sonnent. Dans le grand vestibule, les pensionnaires sont déjà rangées, non plus par ceintures, mais par dortoir. Les deux gardiennes de la récréation veillent à ce que l’ordre et le silence soient rigoureusement respectés.
— Comment, on est encore en tumulte à l’Ange Gardien !
— Qui est-ce qui babille à Sainte-Agnès ?
Le défilé s’organise dans le bel escalier aux dalles blanches, à la rampe de fer ouvragé.