Cette liberté donna pourtant lieu à un scandale (!) dont Marie-Rose fut la promotrice.
Elle avait, dès son enfance, la mauvaise habitude de flairer tout ce qui devait la toucher immédiatement : les mets qu’on lui servait, le manteau ou la robe qu’elle allait revêtir, un livre, un cahier neuf, un paquet avant de l’ouvrir. Si discrètement qu’elle agît, elle était souvent prise en flagrant délit et tancée vertement.
— Outre que ce sont là de mauvaises manières, disait la mère Assomption, je vois dans cette habitude, une sorte de manie, de tare mentale dont il faut, à tout prix, vous corriger.
Un soir donc, au souper, Marie-Rose flaira la pomme cuite qu’on lui servait comme dessert, puis prononça à haute et intelligible voix :
— Ma pomme sent le chat.
Grand émoi autour de la table, émoi qui s’accentue quand une seconde voix répond comme un écho :
— Il y a des poils de chat sur ma pomme.
La mère Saint-Michel, qui surveillait cette semaine-là, intervint immédiatement et avec fermeté.
— Qu’est-ce que cette histoire ridicule ? Élisabeth et Marie-Rose ont chacune cinq mauvais points.
Mais un vent de mutinerie se met à souffler. Une pomme cuite, lancée d’une main alerte, vient s’écraser au plafond avec un flac qui met le réfectoire en joie. Une demi-douzaine d’autres flac renforcent la gaieté… et le désordre.