Des parents se sont quelquefois élevés contre cette heure soi-disant perdue, et ont demandé la suppression, ou tout au moins la réduction des leçons d’écriture quand les enfants savent suffisamment manier leur plume ; le Comité des Études s’est toujours montré inflexible. Cette leçon initiale lui semble, à plusieurs titres, d’une bonne pédagogie.
Tout d’abord, l’écriture, qui exige de l’application mais non un gros effort d’intelligence, est d’une excellente mise en train pour le jeune esprit. Ensuite, les religieuses pensent qu’il est essentiel de perfectionner son écriture. Elles y attachent une telle importance que la leçon est faite par des maîtresses spéciales : une pour les commençantes, une pour les moyennes, une pour les grandes. Toutes les sortes d’écritures : ronde, bâtarde, gothique, sont enseignées, et, on peut le dire, bien enseignées. Enfin, et c’est certainement le motif le plus sérieux pour des personnes qui mettent au-dessus de tout la formation morale de l’enfant, ce que l’on écrit bien, bien des fois, même sans y prendre garde, se grave dans le cerveau d’une manière indélébile, et on l’y retrouve sous telles et telles influences alors qu’on croit l’avoir oublié.
Au point de vue de l’instruction, ces notions éparses forment une trame sur laquelle le tissage est facile et durable. Souvent Marie-Rose étonna son entourage par une précision de connaissances historiques, géographiques, littéraires, qui n’étaient qu’une réminiscence de ses modèles d’écriture.
Au point de vue moral, les préceptes dont l’enfant n’a pas toujours saisi le sens exact, germent lentement, sourdement dans son âme et se révèlent soudain le jour où l’application en devient nécessaire. Très sûrement beaucoup de bonnes résolutions ont été inspirées ou du moins étayées, fortifiées par le souvenir d’une simple phrase écrite autrefois et qui s’était imposée à l’esprit de l’enfant sans qu’elle en eût trop conscience. Pour son propre compte, Marie-Rose l’éprouva souvent.
La lecture est également tenue en grand honneur. Il y a chaque jour, une leçon de lecture dans toutes les classes. On lit pour la prononciation et l’accentuation, mais on lit encore et surtout pour le fonds.
Les lectures sont sérieuses même chez les petites. Dès la classe bleue, on attaque les « auteurs », ce qui est une excellente école pour la littérature et pour la langue.
De neuf à seize ans, à raison d’une heure par jour, on a le temps de lire ; et Pères de l’Église, troubadours et trouvères, vieux chroniqueurs, poètes de la Renaissance, écrivains admirables du dix-septième siècle, historiens, orateurs sacrés, moralistes, passent sous les yeux des enfants en glorieux défilé. On ne commente pas les auteurs, on n’en fait pas la critique, on se contente de les lire et de les relire ; chacun les interprète suivant sa nature.
Ce n’est peut-être pas la meilleure manière de les étudier, mais ce n’est pas non plus la plus mauvaise. Mieux vaut, en effet, pas d’analyse du tout qu’une analyse maladroite ou inexacte. Ce qu’il y a de certain, c’est que cette lecture exclusive et prolongée de nos grands écrivains faisait perdre pour toujours, à un grand nombre de fillettes, le goût des lectures frivoles.
Dans l’enseignement, comme dans l’éducation, comme dans l’uniforme, comme dans les usages, il y a, au couvent, certains côtés désuets et rococo. Marie-Rose eut, entre les mains, des livres qui avaient instruit sa grand’mère, entre autres une Petite Rhétorique des demoiselles, qui l’amusait énormément.