L’excellente religieuse se tourne vers la bonne sœur Sainte-Anne, qui dirige le bataillon des jeunes échansonnes.
— Ma pauvre sœur, remettez donc les bouchons aux bouteilles qu’elles aient le plaisir de les enlever… Veillez bien seulement à ce qu’il ne survienne point d’aventure.
Et comme on a soin de ne pas faire un bouchage trop serré, les enfants reviennent se plaindre que cela ne fait pas de bruit.
Les serveuses mangent après les autres et n’ont pas toujours des morceaux de choix ; ce qui ne les empêche pas de se considérer comme les reines de la fête.
Les orphelines s’en retournent chez elles chargées de menus cadeaux, les pensionnaires ont fait une bonne expérience d’égalité et de fraternité. C’est donc profit pour tout le monde.
VI
CHOSES ET AUTRES
Le « parloir des frères ». — Au couvent, on ne redoute pas trop le contact des filles et des garçons. On ne va point jusqu’à préconiser ou seulement admettre le système de la coéducation des sexes, mais on est persuadé que les uns et les autres ne peuvent que gagner à une fréquentation raisonnable — naturellement quand il s’agit d’enfants bien nés ce qui est le cas de toutes les pensionnaires et de leurs frères et cousins.
Du temps de Marie-Rose, il existait un usage que certains éducateurs pourraient trouver hardi et que la plupart des religieuses admettaient sans difficulté ; cela se nommait le « parloir des frères ».
Le couvent et son voisin immédiat, le collège, ont un grand nombre d’internes dont les parents n’habitent pas la ville : enfants de propriétaires fonciers dans ce riche pays de culture, enfants de marins dont le foyer est rarement stable, jeunes citadins de la grande ville toute proche que l’on envoie respirer un air plus pur.
Les parents, M. le principal et les autorités religieuses trouvent cruel de tenir frères et sœurs si près et pourtant séparés les uns des autres. Et comme les filles ne peuvent pas aller au collège, on laisse les garçons venir au couvent.