A six heures et demie, « grand dîner » servi Sous la Chapelle, le réfectoire du Pensionnat étant trop petit pour contenir tant de monde. Car là encore les deux sociétés sont réunies. Le clou de ce « grand dîner » n’est pas dans la chère dont, au couvent on n’a jamais beaucoup de souci ; mais dans le service qui est fait par des pensionnaires tirées au sort pour toutes les classes ; les Vertes seules étant exceptées.
C’est un service agité, confus, tumultueux. On renverse les salières et les bouteilles ; on répand de la sauce tout le long du chemin et jusque dans le dos des convives. Il y a des tables qui ont trop de pain et d’autres qui n’en ont pas du tout. Les Jaunes cassent beaucoup d’assiettes.
Il se produit des réclamations que les serveuses transmettent avec une complaisance empressée.
— Les Rouges réclament un supplément de crème.
— C’est Antoinette Perrey qui n’a pas de meringue.
— Voilà une orpheline des Bleues qui dit qu’elle n’aime pas la carcasse de lapin. Elle voudrait une patte.
La mère Saint-Jacques qui, en sa qualité d’Économe, préside ces bruyantes agapes, lève les bras au ciel avec une feinte indignation.
— J’aimerais mieux, dit-elle, servir le dîner de quinze archevêques.
Il lui faut encore entendre des doléances d’une autre nature :
— Mère Saint-Jacques, écoutez : on nous apporte les bouteilles débouchées, cela retire tout l’amusement, vous comprenez. Et ce n’est pas la peine qu’on nous donne des tire-bouchons.