Les Violettes et les Blanches, à qui la police est confiée ce jour-là, se dépensent en vain pour maintenir l’ordre, il arrive un moment où les héros de la fête en deviennent les victimes. Ils étouffent, s’étranglent, tombent par terre et poussent des cris d’effroi. C’est alors qu’intervient la mère Saint-Jacques. En un tour de main, elle emballe le matériel et les gens disant avec sa bonne brusquerie :

— Ma pauvre femme, emportez vos marmots pendant qu’ils sont encore entiers, sinon, je ne réponds point de la case.


Le P. Fourrier dit encore : « Jamais les supérieures de notre Ordre ne prendront le titre d’abbesse, ni de prieure, ni de madame, ni d’autres titres spéciaux qui peuvent être séants à des religieuses d’autres Ordres ; mais, devant élever des enfants, elles s’arrêteront simplement à ce beau nom de mère, puisque c’est le titre le plus doux, le plus aimable, le plus plein de bienveillance et d’affection, et aussi le plus naturel. »

De fait, la supérieure est bien la mère de toutes les fillettes qui fréquentent le couvent, mais plus spécialement des internes : pensionnaires ou orphelines dont elle a l’entière responsabilité. Une fois par an, à sa fête, tout ce jeune monde est confondu.

On se réunit pour offrir les bouquets, réciter les compliments, chanter la cantate. Ensemble encore, on se rend aux Capucins pour une récréation de toute l’après-midi.

Les pensionnaires savent bien que P. Fourrier a dit à leur intention : « Elles prendront garde d’offenser ou mépriser aucune de leurs compagnes si petite, si pauvre qu’elle soit. » Mais elles savent également que la bienveillance affectée humilie presque autant que le dédain. Aussi traitent-elles leurs invitées avec cette politesse avenante que l’on témoigne à ceux que l’on a du plaisir à voir.

C’est de la façon la plus cordiale que les pensionnaires font les honneurs de leur domaine. Il y a des orphelines à toutes les parties de corde, de ballon, de cerceau. On leur fait des tours de faveur pour la balançoire. Les jardinières leur offrent des bouquets de leurs plates-bandes, tout en les initiant aux mystères de l’horticulture.

Le lendemain est un jour de liesse.

A neuf heures, on tire une loterie dont le produit est destiné au trousseau et au pécule que les orphelines touchent à leur sortie de l’établissement ; mais, en attendant, elles ont leur part de lots. A deux heures, on joue la comédie, et là encore tout le jeune monde est mêlé. La taille seule sert de base au rangement : les petites devant, les grandes derrière.