César avait pris la main de Jean et était entré dans la maison. Surexcité outre mesure, il allait d'une pièce dans l'autre, montrant les meubles, ouvrant les portes....

«Rien n'est changé!» dit-il enfin.

Puis il s'évanouit.

«Rien n'est changé? répéta Cyprien, qui avait suivi l'enfant. Que veut-il dire, votre garçon, père Jean?»

En ce moment une calèche et deux cavaliers s'arrêtaient devant la maison. C'étaient M. Richard et M. Lebègue, puis Mme de Senneçay, accompagnée de Florentin et de Florentine.

Aussitôt, avec la rapidité de la foudre, le bruit se répandit dans le village que les enfants de Hubert Ledoux étaient revenus à Arbonne. En moins d'un instant toutes les maisons furent désertes, et les vieillards, les grandes personnes, les enfants, toute la population enfin se trouva réunie devant la maison qui avait appartenu à la nièce du vieux Cyprien. Le village tout entier voulait adopter les orphelins. C'était à qui les verrait le plus tôt et les embrasserait le premier. On se racontait leurs épreuves, et on frémissait au récit de leur misère.

«Ils mendiaient sur la voie publique, s'écriait Cyprien, et nous ne le savions pas!... Est-il possible, mon Dieu! que vous ayez permis cela!...»

Comme vous vous y attendez bien, mes petits lecteurs, M. Lebègue et Mme de Senneçay, qu'ils reconnurent pour la dame à la pièce d'or, étaient venus pour réclamer nos amis. On les consulta, ils voulaient bien rester avec le vieux Cyprien et tous les habitants du village, mais ne demandaient pas mieux que de suivre M. Richard, ainsi que Florentin et Florentine. Seulement ils ne voulaient à aucun prix se séparer de Jean. Le brave homme, qui riait et pleurait d'attendrissement derrière la foule, se chargea de leur faire entendre raison. Il s'engagea à leur écrire souvent, mais à condition qu'eux mêmes, lorsqu'ils seraient à Fontainebleau chez leur protectrice, Mme de Senneçay, ils viendraient voir leurs vieux oncles à Arbonne, et continueraient leur promenade jusque dans la forêt du côté où lui, Jean, aurait établi ses fourneaux.

Le soir même, Lucifer et sa noble famille étaient reconnus pour les incendiaires de Villeneuve-le-Roi, et le brigadier Poulain, que vous avez rencontré aux Granges lorsqu'il n'était encore que simple gendarme, avait enfin la satisfaction de les arrêter. Balthasar ne devait plus rien avoir à craindre de Sabin désormais.