Il pouvait être quatre heures de l'après-midi, lorsqu'ils s'arrêtèrent à la lisière d'un champ où un certain nombre d'ouvriers étaient occupés à détruire de la mauvaise herbe. César les compta; ils étaient dix, parmi lesquels deux enfants d'une douzaine d'années. Le travail auquel ils se livraient paraissait des plus simples et des plus faciles, et mes amis se dirent qu'ils en feraient bien autant si on voulait seulement les mettre à l'épreuve et leur donner des outils. Alors, enhardis par la confiance qu'ils avaient en eux-mêmes et leur désir de gagner leur pain comme le père Antoine, ils s'approchèrent d'un vieillard qui s'était redressé pour allumer sa pipe.

«Monsieur, lui demanda César, êtes-vous le maître de ces hommes qui travaillent avec vous?

—Moi? répondit l'homme, non, je ne le suis point. Mais je voudrais bien l'être, savez-vous,—c'était un Belge,—car je ne me donnerais pas tant de peine et prendrais mon temps pour allumer c'pipe et l'fumer tout à mon aise! Mais on doit se consoler de n'être pas maître, n'est-ce pas, lorsqu'on voit autour de soi tant de braves gens qui ne sont aussi que des ouvriers. Il faut bien qu'il y ait plus de soldats que de capitaines, savez-vous?... Bast, les choses vont toujours bien lorsqu'on a du coeur à la besogne. Mais, à propos du maître, avez-vous une commission pour lui?

—Nous voudrions, dit César, lui demander de l'ouvrage.

—De l'ouvrage? fit l'homme entre deux bouffées de fumée, il faut aller voir; s'il en a, il vous en donnera. C'est un brave maître, savez-vous?

—Où donc demeure-t-il?

—Là-bas, fit le Belge en montrant une fort belle maison, située à un demi-kilomètre environ.

—Au château?

—Justement, c'est là qu'il demeure, savez-vous? Mais, si vous n'osez pas y entrer au château, allez à la ferme; vous demanderez Robert, le régisseur, et vous lui conterez votre affaire.»

Les enfants hésitaient.