«M. Robert n'est pas méchant, savez-vous? leur dit le brave homme en forme d'encouragement.... Allons, bonne chance!»

Mes amis suivirent le chemin qu'on leur avait indiqué. C'était un étroit sentier dans lequel ils étaient obligés de marcher à la file, Balthasar devant comme toujours.

La campagne qu'ils traversaient était riche, fertile, et, sinon pittoresque, du moins accidentée dans les proportions gracieuses particulières à tous les paysages qui entourent Paris. Ce n'était point grandiose et nullement fait pour étonner ou terrifier le touriste, mais bien plutôt pour le séduire et le charmer.

Les yeux se promenaient en souriant de ces plaines richement cultivées à ces coteaux peuplés de villas et boisés de parcs anglais que séparaient, de distance en distance, de gros villages dont les maisons s'étageant à mi-côte semblaient regarder, les unes par-dessus les autres, la Seine qui coulait placidement au milieu de la vallée et, de ci, de là, faisait un détour pour s'en aller arroser le pied d'une autre colline également verdoyante et jolie.

Aimée, qui, en se haussant sur ses petits pieds, parvenait à dépasser de toute la tête un épais champ de seigle dont les tiges minces et flexibles venaient lui caresser le visage, cherchait à voir le plus possible de toutes ces choses.

«C'est donc là, César, demanda-t-elle, la campagne que tu vois dans tes rêves?

—Non, Aimée, non, ce n'est pas cela.

—C'est encore plus beau?

—Je ne sais pas si c'est plus beau, mais c'est différent. Les bois y sont plus épais, les maisons moins nombreuses, la solitude plus complète et le silence plus profond. Enfin je ne sais comment te dire cela, moi; c'est moins riant, moins en fête qu'ici, et il me semble que je ne pourrais en voir la réalité sans être ému.»

Ils étaient arrivés. Mais alors, la timidité naturelle de leur caractère prenant le dessus, au lieu d'entrer ils s'assirent au pied d'un arbre, juste en face du château que, pour se donner du courage sans doute, ils se mirent à examiner minutieusement, s'amusant à en compter les fenêtres, les persiennes, les girouettes, les paratonnerres, enfin tout jusqu'aux marches du perron et aux caisses de fleurs dont elles étaient ornées.