La ferme, située sur la gauche, se trouvait à peu près masquée par un bouquet d'arbres; ce qui faisait qu'au premier abord on ne la voyait point. Il fallait, pour s'y rendre, quitter la route et prendre un joli chemin qui semblait se perdre dans le bois. Mais il était facile de la deviner au mouvement, au va et vient qui régnaient de ce côté. C'était sans cesse des chevaux attelés à des charrettes ou à des tombereaux qu'on dirigeait par là; puis une volée de poussins qui venaient, conduits par leur mère, picoter quelques grains de blé tombés sur la route, ou une bande de canetons courant se baigner effrontément dans la magnifique pièce d'eau qu'on voyait briller devant le château et réfléchir le ciel et les arbres avec la transparence d'un miroir.
César et Aimée, n'ayant plus rien à compter, prirent enfin le parti de se rendre à la ferme. Ils allaient entrer dans la cour, cour immense et entourée d'un si grand nombre de bâtiments qu'on eût dit un village, lorsque Balthasar rebroussa chemin et vint, l'oreille basse, se cacher craintivement derrière ses maîtres, qui, eux-mêmes, reculèrent tout à coup saisis d'épouvante: un énorme cerbère, un boule-dogue de taille colossale bondissant de fureur à la vue du caniche, s'élançait en poussant des aboiements féroces sur les barreaux de fer de sa loge. Heureusement un jeune homme qui venait derrière mes amis apaisa d'un mot le chien de garde.
«Silence donc, Matamore!» dit-il sévèrement.
Matamore se tut, mais de mauvaise grâce et en montrant sous un rictus qui n'était rien moins que rassurant, des crocs d'ivoire luisants et affilés comme des poignards.
Balthasar, malgré l'exemple que lui donnaient ses maîtres en suivant le monsieur qui avait tant d'influence sur Matamore, jugea convenable de rester dehors.
«Qui cherchez-vous, mes enfants? demanda le jeune homme.
—Le régisseur.
—Et qu'avez-vous à lui dire, au régisseur?
—Dame! répondit César passablement embarrassé, voici ce que c'est: ma soeur et moi nous voudrions travailler.