—C'est bon, je ne suis pas susceptible;... voyons, voulez-vous vous approcher du feu et sécher vos habits?

—Ce n'est pas de refus, dit César en faisant placer commodément Aimée; après quoi il s'approcha à son tour, et tous trois, ou plutôt tous quatre, car Balthasar était de la partie, se chauffèrent joyeusement.»

A la lueur du foyer, mes amis purent examiner leur hôte: c'était, au premier abord, un enfant d'une douzaine d'années, mais, en réalité, il en avait quatorze, peut-être quinze. Ses vêtements étaient ceux d'un ouvrier; seulement il portait des souliers vernis,—misérablement éculés, par exemple!—et avait la main fine et blanche, sinon propre, des gens qui ont vécu dans l'oisiveté. En somme, c'était un assez singulier personnage; et sa physionomie encore plus maligne qu'intelligente ne plaisait qu'à moitié à mes amis. Mais, vous le savez, on n'a pas toujours la liberté de choisir son hôte.

Le feu était bon et brûlait bien; le prétendu maître du logis n'épargnait point le bois. De plus, la hutte n'était point, comme vous pourriez le croire, encombrée de fumée, car le jeune garçon avait eu l'esprit de faire le feu sous une espèce de lucarne percée au levant, laquelle, ce soir-là, remplit fort bien l'office d'une excellente cheminée. César et Aimée furent bientôt réchauffés; intérieurement ils en remerciaient leur hôte, et, malgré le peu de sympathie qu'il leur inspirait, se sentaient tout pleins de bons sentiments à son égard. Petit à petit, ils reprirent de l'assurance, et bientôt, quittant l'attitude d'oiseaux effrayés qu'ils avaient en arrivant, ils hasardèrent un coup d'oeil autour d'eux pour voir comment était faite leur demeure momentanée.

«Dame! fit le jeune garçon qui avait suivi leur regard, c'est moins somptueux que le palais des Tuileries.... Mais s'il manque par ci par là quelques dorures, du moins les toiles d'araignées abondent.... Bast! c'est toujours assez bon pour un jour de pluie....»

Puis il reprit après un court moment de silence:

«A propos, n'est-il pas l'heure de souper.... Qui est-ce qui soupe ici?»

Nos amis sortirent de leur poche un morceau de pain rassis, qu'ils se mirent bravement à manger.

«Si le coeur vous en dit, nous le partagerons avec vous? proposèrent-ils honnêtement à leur nouveau camarade.

—Bon! fit celui-ci, c'est là tout ce que vous avez à offrir?... Comme on se fait des idées.... Moi, je vous aurais crus mieux approvisionnés que ça.»