Alors, furetant de tous cotés dans la hutte, il finit par découvrir deux ou trois sacs de pommes de terre qu'on avait cachés sous de la paille. Ouvrir un sac, en choisir une douzaine, rejetant celles qui n'étaient pas assez fraîches pour garder les plus saines et les plus belles, et les disposer convenablement sous les cendres chaudes, fut l'affaire d'un instant.

«Que faites-vous là? demanda César.

—Ce que je fais?... Parbleu! avec ça que c'est difficile à comprendre. Ne vois-tu pas, jeune sauvage, que je prépare un souper excellent avec des pommes de terre que j'ai empruntées à mon propriétaire?

—Elles ne vous appartiennent donc pas?

—Peuh!... Il y a du pour et du contre....

—Je croyais que tout ici vous appartenait?

—Ah çà, vas-tu me chicaner pour quelques méchantes pommes de terre que le propriétaire de cette cabane a peut-être volées à son voisin?

—Si elles ne sont pas à vous, dit César, qui se rappelait ce qu'on lui avait recommandé à Orly, vous avez tort d'en prendre. Pourquoi ne voulez-vous pas de notre pain?

—Voilà qui est fort!... Vas-tu me faire poser bien longtemps comme cela, et te mettre sur le pied de faire ta tête à mes dépens? Voyez un peu ce Don Quichotte en herbe qui se donne le genre de défendre le bien d'autrui!... De quoi te mêles-tu, gros innocent?... Après tout, futur garde-champêtre, rien ne t'oblige à partager mon souper. Je me sens, du reste, assez d'appétit pour en venir à bout tout seul.»