Lorsque mes amis, conduits par Sabin et suivis de Balthasar, pénétrèrent dans la grande salle de l'Éléphant d'or, qui en était en même temps la cuisine, deux ou trois hommes en blouse et la casquette sur la tête, déjeunaient gloutonnement le nez dans leur assiette et les coudes sur la table.
De temps à autre, ils interpellaient la maîtresse de la maison ou la servante en disant d'une voix rauque:
«Eh! la bourgeoise, par ici!»
Ou bien:
«La cuisinière, apportez-nous donc ceci, servez-nous donc cela!
—Eh! la fille, cria comme les autres M. Sabin en s'asseyant à une table mal essuyée, venez un peu qu'on vous parle.»
La fille obéit.
«Tiens! c'est M. Sabin, fit-elle en découvrant, par un large rire, deux belles rangées de dents qui n'eussent point déshonoré la bouche d'un jeune poulain.
—Oui, charmante Maritorne, c'est lui-même, avec son jeune frère César et sa petite soeur Aimée; deux enfants fort aimables que je vous engage à traiter de votre mieux.»
César et Aimée, à qui la leçon avait été faite, ne démentirent point Sabin; et la servante crut ce qu'il lui dit.