Le mot de mijaurée fut prononcé par quelques gamins.
Mes amis, sur la proposition de leur introducteur, s'arrêtèrent près d'un métier pour voir comment se faisait la toile; mais cela ne les intéressa point. Ils n'y comprenaient rien.
«Retire-toi donc, retire-toi donc, Aimée, cria tout à coup César. Il y a de l'huile après toutes ces mécaniques, et tu en mets à ton tablier.»
Tous les jeunes garçons qui se trouvaient dans la salle se retournèrent. On commença à regarder mes pauvres amis de travers.
«Allons-nous-en, César, dit enfin Aimée; il y a trop de poussière ici, nous n'y saurions durer. Décidément j'aime mieux que nous soyons domestiques dans des maisons où il n'y ait rien à faire.
—Fallait donc le dire tout de suite! s'écria le jeune ouvrier en colère. Vous voulez être larbins, vous autres?... Alors qu'on détale, et plus vite que ça!»
A ce mot de larbin, un haro s'éleva dans la salle.
«T'as d'ça dans ta famille, toi? s'écriait-on.
—Non pas. S'ils étaient de ma famille je les renierais; mais ils n'en sont point, Dieu merci! Ils étaient sur la route et se disaient sans ouvrage. Je leur ai proposé d'entrer ici, ils ont accepté. Pour qu'on ne leur fît pas de difficultés, je les ai fait passer pour mes parents de Petit-Bourg. Voilà tout!»
Les pauvres enfants ne savaient comment échapper aux moqueries de ces gamins qu'ils avaient offensés sans le vouloir.