On atteignit un endroit où le taillis avait été coupé l'année précédente. Le bois de corde et la corps des gros arbres étaient enlevés, mais il restait encore des bourrées empilées sur la lisière des chemins d'exploitation, et de gros tas de bois à charbon qu'on apercevait au milieu des jeunes pousses. Il était bientôt midi, l'air était lourd, le soleil brûlant et la chaleur devenait accablante dans ces sables dépourvus d'ombrage. Aimée ne pouvait plus avancer.

«Nous y voilà, lui disait le père Antoine. Allons, encore un effort!»

Et il montrait aux enfants une épaisse fumée qui s'échappait d'une clairière à cinquante pas de là.

Enfin on arriva et nos amis se trouvèrent en présence d'un homme qui, assis sur le gazon, mangeait tranquillement son pain en regardant brûler le fourneau qu'il venait d'allumer. Au premier abord les enfants pensèrent que c'était un nègre.

«C'est mon ami Jean, leur dit le père Antoine, un compatriote à moi qui est venu s'établir charbonnier par ici.»

Jean détourna la tête et reconnut son ami.

«C'est encore moi, dit celui-ci.

—Il n'y a pas de reproche, fit Jean en lui tendant sa main noire.

—Je le sais!

—Ça ne va pas?